Exercices pour le Premier Vendredi de chaque mois

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La désolation de Marie

V

enez donc, pénétrer des sentiments d'un cœur affectueux et touché de la compassion la plus tendre ; venez payer à la Vierge Marie, privée de son Jésus, le juste tribut de vos larmes. C'est pour vous y aider que j'ai tracé ces lignes ; car c'est le devoir de tout chrétien, et spécialement le mien, serviteur de Notre Dame des Douleurs, de ne jamais oublier et de ne laisser jamais oublier à mes frères les gémissements de notre véritable Mère.

Première considération

La désolation de Marie dans la privation de son Jésus.

J

ésus est mort ! Il est mort victime d'amour, et il est enfermé dans le sépulcre. Ô quel déchirement mortel pour le cœur d'une mère ! La terrible tragédie n'est donc pas terminée ! Pour Marie elle commence, pleine d'une horreur profonde autant que nouvelle. Le cœur qui aime ne sait rester éloigné de l'objet aimé ; et, si la force l’en sépare, il est cruellement déchiré par les angoisses de l'absence. Aussi qu'elle n'a pas été la douleur de Marie, en restant séparée du plus grand des biens ! Sans doute la Vierge été soutenu par la grâce divine, mais elle n'en ressentait pas alors les consolantes influences.
Voyez-la, courbée sous la douleur ; son cœur est frappé de glaives mortels. En Elle on voit clairement l’immensité de la douleur. Elle ne peut s’arracher au sépulcre, et elle couvre de baisers cette froide pierre ; c’est là que gît le cher objet de ses ardents soupirs.
Une douleur excessive enlève à Marie tout soulagement naturel et plonge cette douce créature dans une navrante immobilité. Son affection s’épanche silencieusement en plainte déchirante : « mon doux Jésus, s’écrit-elle, vous voilà donc loin de moi, et moi loin de vous ! Et comment pourrais-je vivre sans ma vie ! Ô vous, anges du repos qui l’entourez, plongez-vous avec moi dans une mer d’amertume !... Je vivrai donc, oui ! je vivrai ; mais ma vie ne sera plus une vie. » Assurément elle vivra, et de la vraie vie ; car l’Auguste Trinité a mis en Marie ses plus chers délices. Et qui donc plus que la sainte Vierge possède une plus parfaite ressemblance avec Jésus ? Mais pour le moment tout cela est encore caché à ses yeux ; elle se trouve plongée, agonisante dans cette vaste mer des douleurs les plus cruelles. Sa désolation est indescriptible.

Âmes ardentes, jetez un regard sur Marie. Dans le secret de la prière vous caressez de loin ces peines, ces chagrins qui doivent vous envahir ; mais la tribulation atteint-elle votre personne, aussitôt vos belles résolutions s'évanouissent. Croyez-moi, ils vous plairaient assez de vivre en compagnie de Jésus glorifié sur le Thabor, et non de Jésus souffrant, avilit et méprisé sur le Calvaire. Mais serait-ce là la vraie piété ? Serait-ce là la vertu véritable ? La vraie vertu consiste à accepter généreusement pour l'objet aimé tous les sacrifices que nous rencontrons sur notre chemin.
Soit que Dieu nous traite avec douceur en nous comblant de ses consolations, soit qu’il nous fasse sentir la rigueur de sa justice en se cachant à nos âmes, en nous livrant à l’épreuve, nous devons imiter la sainte Vierge, qui, consolée par la présence de son divin Fils ou désolée par son absence, sut toujours rester semblable à elle-même, participant en quelque sorte, par sa résignation, à l’immutabilité divine. Ne souffrons donc jamais plus en nous d'impatience, de plaintes ; travaillons à notre salut avec courage, et prions la sainte Vierge de nous obtenir de Dieu la force de supporter volontiers toutes tribulations, en nous rappelant toujours que nous sommes pécheurs !

Fruit. — si nous sommes privés de Jésus par le péché, nous nous efforcerons de le rappeler aussitôt dans notre cœur par une véritable contrition. Si nous sommes privés de Jésus par une épreuve intérieure, nous serons résignés et confiants en son infinie Bonté. Si nous goûtons combien il est doux et suave, nous nous préparons embrasser volontiers la Croix, quand elle se présentera, parce qu'elle ne peut manquer de venir bientôt.

 

Deuxième considération

Désolation de Marie dans sa maison froide et vide de Jésus.

M

arie vient d'abandonner le sépulcre de son Jésus, elle l’a quitté après les scènes les plus déchirantes ; elle se retrouve seule, désolée, dans sa maison froide et vide. Comment décrire cette solitude douloureuse ? La solitude est une mère toujours féconde en idées sombres : elle dresse devant Marie les plus tristes tableaux, et loin d'affaiblir ses impressions douloureuses, elle les ravive sans cesse dans leurs détails les plus affreux... Elle revoit Jésus, tendre enfant, répondant à ses caresses maternelles ; il grandit revêtu de grâce, il est devenu toute sa joie, il lui demande de le laisser marcher à la mort, elle entend résonner les derniers accents de sa voix aimée, elle se rappelle les douloureux soupirs, les larmes brûlantes du dernier adieu.
Bientôt elle le revoit agonisant dans le jardin, entouré de ses disciples endormis ; elle le voit trahi par le baiser hypocrite d'un apôtre ; elle entend le bruit des chaînes qui chargent ses mains. Alors se présentent devant elle les faux témoins, le tribunal, les juges scélérats, la populace, les bourreaux, les soldats ; elle voit les clous, la Croix, les convulsions de sa poitrine, ses tourments corporels : tout concourt à raviver, à ranimer le feu de la douleur qui brûle son cœur endolori. Le soleil monte, il cache ses rayons : Jésus lui est toujours présent. Tout souffle de vent lui dit : « Jésus ! » Tout bruit lui dit : « Jésus ! » Tout pas lui dit : « Jésus ! » et Jésus dépouillé, avili !
Mais ce n'est pas fini : rien ne sera capable de la consoler. Elle sait que Jésus a terrassé le prince des Ténèbres, qu'il va délivrer les âmes des justes, qu'il s'est acquis la toute-puissance au Ciel et sur la terre, qu'il est assis triomphant à la droite du Père. Elle le sait, et elle n'en est pas consolée ; privée de son Jésus, elle sent son cœur agonisé et saignant. Elle sait tous les mérites, tous les triomphes, toutes les gloires de Jésus ; elle le sait, et elle n'en est pas consolée. Tant qu’elle est privée de son Jésus, la seule douleur est son pain quotidien.
Rien ne la distrait de ses lugubres pensées, car elle n'a plus son Jésus, et la passion de son divin Fils lui est toujours présente ; cependant les jours et les années se succèdent, et aucune distraction ne vient affaiblir l'intensité de sa douleur. Sa conversation en est toute dans les cieux ; mais à la fois elle a toujours présent à l'esprit la Passion de son Fils. Mais ne l’oublions, si Marie souffre à l'excès, par sa patience elle s'élève au plus haut sommet de l'héroïsme.

Âmes chrétiennes, faites un retour sur vous-même. Si la solitude est la mère des tristes pensées, elle est aussi la conseillère des grandes œuvres et des fortes résolutions. C'est dans la retraite que se sont formés les saints. Si l'on savait le prix, le mérite de la solitude, tous en feraient leurs délices. Qu’elle serait admirable alors, la vie du monde !
Tandis qu’il en est temps encore, retirons-nous de la société des hommes autant que le permet notre état de vie ; vivons dans le monde entièrement détaché de ses biens fugitifs ; n'ayons d'aspirations que pour les biens éternels. Le moyen d'en arriver là, c'est de partager avec Marie l'amertume de ses douleurs, de la Passion de son divin Fils, de ses cruels outrages, de ses atroces douleurs. Mais que ce souvenir ne soit pas un stérile tribu de reconnaissance à celui qui a tant souffert pour nous ; que cette compassion affectueuse aux douleurs d'un Dieu et de sa Mère nous excite vivement, au contraire, à nous rendre conforme à ce divin modèle.

Fruit. — aimons la retraite et principalement la solitude du cœur ; vivons dans le détachement de toutes les choses terrestres. De temps en temps rentrons en nous-mêmes, et si nous voyons des réformes à faire, accomplissons-les généreusement. Si nous ne trouvons rien à reprendre, remercions de cœur le Seigneur Jésus, et travaillons à devenir encore meilleurs.

 

Troisième considération

Désolation de Marie, obligée de vivre au milieu d'un peuple malveillant.

À

 son retour dans Jérusalem, après la mort de son Fils, Marie croit entrer dans un repaire de bêtes fauves. Chaque rue lui rappelle une ingratitude ; sur chaque palais Elle lit une trahison, dans chaque passant elle reconnaît un traître. Pour tout dire en un mot, elle se sentait au milieu d'un peuple qui se manifestait comme ennemi de Dieu, voué à des châtiments : elle le comprend, et c'est ce qui augmente sa peine. Ah ! Si ce n'est pas là être plongé dans une mer d’amertume, qu'est-ce donc ? Mais n'y a-t-il pas pour elle des motifs d'espérer un meilleur avenir ? Une partie de ce peuple est aveuglée par un exécrable déicide, il est abandonné à son sens réprouvé : il ira s'évanouissant dans ses folles pensées et son ambition ne peut que le précipiter d’abîme en abîme. Qu'elle ne sera pas la douleur de Marie d'être obligé de vivre dans un milieu si rempli d'iniquités ! Qui dira sa désolation en voyant le vice loué, le péché approuvé, l’irréligion exaltée ! Aussi sa belle âme, submergée sous les flots de cette tempête de maux, s'écrie dans son angoisse : « mon cœur est profondément troublé, la frayeur m’oppresse. » Puis son chagrin toujours plus vif s'arme contre elle de pointes nouvelles ; la tristesse et l'ennui la déchirent, son cœur se pâme sous ces blessures mortelles sans cesse renouvelées.
Toutefois la Vierge Sainte ne s'arrête pas à ces pensées : elle sait que Dieu ne veut pas la mort du pêcheur, mais sa conversion, sa vie; elle sait que Dieu notre Père est un Père tendre et affectueux ; elle sait que Dieu tient continuellement ouvert les trésors de ses innombrables bienfaits sur tous les êtres existants ; elle sait que Dieu est la bonté même ; elle le sait, la douce Vierge ; mais le savoir, et saisir dans les créatures la plus noire résistance à ces divins attributs est pour son cœur plus qu'une blessure mortelle : c'est un abîme de souffrances qui surpasse toute imagination, causée par l'abîme de la malice humaine, plus épouvantable mille fois que l'abîme du néant. Pleurez donc, ô Vierge Sainte, revêtez vous de vos habits de deuil, plongez-vous dans la douleur, car la mesure est à son comble.

Âmes pieuses, vous aussi, vous vivez au sein d'un monde bien corrompu. Les années s'en vont, et le monde ne s'améliore pas. Tournez-vous de tous les côtés, et vous ne verrez que sujets de tristesse : vous verrez l'incrédulité, la lâcheté, l'égoïsme, la duplicité ; vous verrez la violation de tout le droit, la réunion de tous les vices décorés de noms pompeux et philanthropiques.
Les âmes vraiment chrétiennes ont bien sujet de pleurer. Courage cependant ! venez à Marie, vous dont le cœur est brisé ; unissez vos souffrances à celles de la mère d’affliction. Dites-lui : « il est bon de souffrir, que la peine soit mon partage. » Offrez-vous comme une victime pour le salut de tous, et priez instamment Marie de vous présenter à son divin Fils en sacrifice d'expiation en odeur de suavité.

Fruit. — prions souvent pour les pauvres pécheurs. Quand nous pourrons nous employer à ramener à Dieu quelque âme égarée, faisons-le avec bonheur ; n'épargnons pas, pour réussir, ni conseils ni reproches, ni peines ni fatigues, ni communions ni prières ; car plus l'entreprise aura été difficile, plus précieuse sera la récompense. Et Dieu lui-même, que ne fait-il pas pour nous sauver ? Il s'est abaissé jusqu'à prendre la forme d'un esclave et à mourir pour nous sur la Croix.

 

Quatrième considération

Désolation de Marie visitant les lieux sanctifiés par les souffrances de son Fils.

S

uivons Marie dans ses douloureux pèlerinages. Elle va d'abord au jardin de Gethsémani, où il lui semble voir Jésus : « c'est ici, s'écrit-elle, que mon Jésus voulut boire le calice d'amertume ; c'est ici qu'il souffrit son agonie mortelle ! Ô mon cœur, rassasie-toi d'angoisses, enivre-toi d'affliction, remplis-toi d'amertume. »
Elle descend ensuite vers Jérusalem et suit le chemin tracé par Jésus. Il lui semble voir chargé de chaînes, poussé par de féroces soldats, traîné comme un malfaiteur. Elle s'arrête devant les tribunaux, elle se souvient de la licence des bourreaux ; la Vierge n'oublie aucun supplice, mais son attention se recueille et se concentre sur les plus barbares. Elle s'arrête au lieu où son Fils Jésus fut flagellé. Il est encore là, elle le voit : les fouets sifflent dans l'air, elle ressent les coups qui tombent sans pitié sur cette chair innocente et si sensible ; de la tête aux pieds elle ne voit plus qu'une plaie immense ; exténué, affaibli par la perte de son sang, il tombe, il s'affaisse, il ne lui reste plus qu'un souffle. À ce spectacle, la douce Vierge se sent saisie par un frisson horrible : elle ne sait plus que devenir dans l'angoisse terrible qui l'étreint.
Son regard se tourna vers la galerie d'où son Fils tant aimé fut offert en spectacle au peuple égaré. Le voici couronné d'épines longues et aigües, les épaules recouvertes d'un lambeau de pourpre tout souillé, tenant de la main droite en guise de sceptre un long roseau, épuisé, demi mort, chancelant sur ses pieds, tout couvert de sang. Une populace furieuse veut la mort du juste. Ô Vierge, aucune langue ne peut décrire ce que vous ressentez, aucune expression ne peut rendre ni même faire soupçonner la profondeur de votre désolation. Votre affliction est immense comme la mer ; aussi en vous je ne vois que peine, douleur et souffrance.
Il reste encore à cette douce Vierge une station à faire. Elle se dirige vers le Calvaire. Mais qui pourra redire cette scène ? À pas lents, tout oppressée par de cruels souvenirs, elle se traîne plutôt qu'elle ne marche. Elle reconnaît les lieux, elle se rappelle toutes les circonstances, et, impuissante à poursuivre sa route, elle se sent défaillir sous le poids de ses souvenirs ; elle a entrevu le dénouement fatal ; le drame sanglant s'est de nouveau déroulé sous ses yeux.

Âmes chrétiennes, le premier de nos devoirs est de nous souvenir toujours de la Passion et de la mort de Jésus Notre Seigneur. Vierge Sainte, vous êtes toujours attentive à la Passion de votre fils, et nous y songeons à peine ; vous en ressentez toutes les tristesses, et nous sommes à peine touchés d'une faible émotion. Vous avez été crucifiée avec lui, vous tenant debout sous ses yeux pour ne rien perdre de ses souffrances, et nous, ce n'est pas même au pied de la Croix qu'on nous trouve, mais seulement sur les premières pentes du Calvaire. Ô Mère très sainte, obtenez-nous la force de vous suivre. Mettez dans nos mains le grand livre de vie, le crucifix, et faites que pour nous, comme pour saint Philippe Bénizi, il soit notre livre de prédilection, que nous le méditions le jour et la nuit, afin qu'il nous guide dans le temps et soit la source de nos joies éternelles.

Fruit. — prenons la résolution, par amour pour Jésus et pour notre aimante Mère, la Vierge Marie, de parcourir souvent avec piété les stations du Chemin de la Croix, qu'on pourrait bien appeler le chemin de douleurs de la Mère de Jésus. Ainsi nous conserverons toujours vif et présent le souvenir de la Passion de Notre Seigneur et des Douleurs de sa Sainte Mère.

 

Cinquième considération

Désolation de Marie en pensant à la ruine de sa nation.

D

epuis le jour où le saint vieillard Siméon fit sa prédilection à la Sainte Vierge, elle eut un triste et funèbre pressentiment que toute sa nation, dans un avenir plus éloigné, serait dispersée. Elle se rassurait, envoyant son Fils uniquement occupé à sauver ce qui était perdu en Israël ; mais l'obstination judaïque lui faisait entrevoir clairement qu'elle ne se trompait guère. Aussi elle frémit de tous ses membres quand elle entendit le cri de rage insensé de cette génération appelant sur soi les vengeances divines. Et voici que déjà Marie voit Jérusalem dans la solitude, cette ville autrefois si peuplée. La maîtresse des nations est devenue semblable à une veuve désolée ; celle qui commandait à tant de provinces est maintenant assujettie au tribut. Elle la voit pleurant jour et nuit, ayant les joues inondées de larmes. Elle voit ses persécuteurs, qui l’investissent de toutes parts : le Seigneur les a appelés des quatre vents du ciel. Ses ennemis triomphent et la foulent aux pieds ; ceux qui la haïssaient se sont enrichis de sa dépouille. Elle voit tout cela, cette tendre Mère et son cœur brûlant d'un ardent patriotisme en est brisé.
Mais que voit-elle encore ? Elle voit étendu à terre les enfants et les vieillards égorgés, les vierges et les jeunes hommes péris par l'épée, les prêtres et les prophètes frappés dans le sanctuaire. Elle voit que Dieu, dans sa colère, a réduit en poussière toute la puissance d'Israël. Quels ne durent pas être les déchirements intérieurs de cette tendre Mère ?
Voilà que Jérusalem, ayant trahi son Dieu et sa foi, est bientôt au milieu de ses ennemis, comme une femme perdue, faible et abandonnée. Voilà qu'on ne reconnaît plus dans Israël l’élu de Dieu ; on le voit errant et vagabond. Condamné, il se flatte d'échapper à son triste sort et de jouir un jour de la lumière du Salut, illusion qui ne fait qu'entretenir son obstination. Et c'est la pour Marie la douleur la plus poignante, lorsqu'elle voit un peuple, qu’elle aime sincèrement, se perdre, au lieu de reconnaître son crime, s’endurcir tous les jours davantage en comptant pour rien les châtiments les plus épouvantables. Ô Israël ! Israël ! Convertis-toi.

Disciples privilégiés du Rédempteur, âmes adonnées à la méditation des Douleurs de la Sainte Mère, comprenez la grande leçon qui vous est offerte ! Voici que le peuple de Dieu n'est plus son peuple. Pour éviter un semblable châtiment, humilions-nous, reconnaissons que tout bien vient de Dieu ; défions-nous de nous-mêmes, combattons sans merci nos passions mauvaises. Si par malheur nous tombons en quelque faute, n'attendons pas au lendemain pour nous relever ; tarder, c'est nous exposer à périr.

Fruit. — les chutes de nos frères doivent nous servir comme d’aiguillons au bien : il est si bon et si nécessaire d'accomplir des œuvres de réparation et d'offrir des amendes honorables ! Soyons, comme des rochers, inébranlables au milieu des flots de la malice du monde. Que rien ne nous sépare de la charité de Jésus-Christ notre Sauveur.

 

Sixième considération

Désolation de Marie en pensant aux contradictions que devait subir la doctrine de Jésus-Christ.

Q

u'il est bon, Vierge Sainte, d'habiter avec votre Jésus ! Il a les paroles de la Vie éternelle, et rien de ce qu'il a dit ne serait périr, pas même un iota. Qui ne l’écouterait avec la docilité la plus parfaite ? Qui ne le suivrait avec l'amour le plus ardent ? Ah ! Vierge Sainte, assurément il en devrait être ainsi : c'est l'ordre, et toute contradiction à la parole de Dieu est insensée. Mais la malice humaine sait tout corrompre, et aux vérités les plus sérieuses, elle oppose les délires les plus absurdes.
Votre divin Fils a proclamé la foi en un seul Dieu, pur Esprit, infini, immense, Créateur du ciel et de la terre, dont la sage Providence gouverne tout, qui voit tout de son regard profond et scrutateur, et dont la Bonté est la source de tout bien, qui est un dans son essence et triple dans ses personnes, rémunérateur des justes et juge des méchants. Contre ces vérités la folie humaine se révolte. Et voici que s'avancent contre elle les athées, les polythéistes, les dualistes, les panthéistes, les tri-théistes, les anthropomorphistes. Mais qui pourra les compter, ô Vierge Sainte, ceux qui de Dieu veulent effacer jusqu'au nom ?... Pourquoi donc votre Jésus s'est-il imposé tant de fatigues, s’est-il offert au plus douloureux supplice ? Pourquoi a-t-il opéré les miracles les plus étonnants, prononcé les prophéties les plus solennelles, donné de sa mission divine les preuves les plus éclatantes ? Ah ! Bonne Mère, les paroles me manquent pour faire comprendre les ébranlements profonds de tout votre être en face de ces oppositions doctrinales au plus sage des docteurs, au Fils de Dieu. Ce fut pour votre esprit droit, bon et sincère, pour votre cœur aimant, un froissement infiniment pénible.
Votre bien-aimé Jésus fit clairement connaître qu'il est vrai Dieu et vrai homme : vrai Dieu, parce qu'il est une même nature divine avec son Père comme il l’a affirmé lui-même : je suis le Principe même, comme le montre ses miracles faits en son propre nom tandis que les prophètes les faisaient au nom de Dieu, lui il les faisait de son propre profond parce qu'il est Dieu même ; vrai homme, parce que l'homme seul pouvait souffrir et mourir pour nous racheter. Les deux natures étaient nécessaires en une seule personne, le Verbe divin, pour réparer les offenses infinies faites au Créateur, le Père. Et voici que des sectaires se présentent, prêchent qu'il est une pure créature, d’autres de lui reconnaître la nature humaine, divisent son unité sainte en deux personnes, lui laissent une seule volonté, une seule opération. Pour réparer, il est nécessairement et véritablement homme et pour se faire, comme tout homme il avait une volonté d'homme et ainsi il a pu mériter. Étant de nature divine aussi, ses mérites d'homme assumés par la Personne du Verbe, acquièrent une valeur infinie. Que veulent-ils donc sinon nous enlever le Rédempteur ; s'ils ne reconnaissent pas en lui un Dieu homme, mais seulement un Dieu ou un homme, toute rédemption est impossible. De plus cela ne correspond en rien à la réalité. Il y a suffisamment d'indices pour croire qu'il est Dieu et homme bien qu'il nous semble incroyable que Dieu se sacrifie pour nous sauver alors que nous sommes, nous-mêmes, fautifs. C'est notre cœur si peu capable d'amour qui restreint la compréhension de l'Amour de Dieu. Quel art diabolique !... Méconnaître le Jésus, votre fils, pour dépouiller l'homme de toute espérance de salut ! Ce n'est pas là pour votre cœur maternel, une légère blessure. Mais ce n'est pas fini.
Ô Vierge, le Verbe incréé s'est fait chair, par l'opération du Saint Esprit, dans votre sein très pur ; il a satisfait par sa passion et par sa mort à la justice divine offensée : il a rétablit l'homme dans sa dignité première et sa noble grandeur. Maintenant, à l'encontre de ces sublimes vérités, que voyez-vous, ô Marie, dans vos prévisions ?... Vous voyez le péché nié, et l'homme flatté comme un être impeccable et indépendant. Et parce qu'il n'est rien au monde pour se contredire comme l'erreur, vous voyez d'autres sophistes donner à l'homme une origine animale, lui enlever le libre arbitre, l'abaisser à la triste condition d'une bête de somme ; vous le voyez, en un mot, ou élever jusqu'aux nues ou précipité jusqu'au fond des abîmes, mais toujours avec l'intention de nier et de détruire la vie divine de votre Jésus, de tourner en dérision l'homme, et la Rédemption, et bien sûr Dieu. Quelle souffrance pour votre cœur, qui est tout amour pour l'homme racheté, pour l'homme qui vous coûta des Douleurs si cruelles, comme sur le Golgotha que vous avez acceptées pour votre fils et pour notre salut.
Elle ne sera plus respectée, l'admirable Doctrine que votre divin Fils prêcha sur la montagne : doctrine dont ni l'Académie ni le Lycée n'approchèrent jamais, malgré tous les efforts de leurs sages ; doctrine qui ne pouvait sortir que de la bouche d'un Dieu ; doctrine qui console, élève, sublimise le cœur de l'homme.
Peut-il exister à l'égard de Jésus un ensemble de contradictions plus complet et plus douloureux ? Non. Vous le comprenez, ô Marie, et c'est pourquoi vous êtes plongée dans une mer d'amertume.

Âmes croyantes, qui de vous oserait soutenir n'avoir jamais contredit la doctrine de Jésus-Christ ? Combien de fois avons-nous préféré nos opinions à la véritable doctrine qu'Il nous enseigne et qu'ont explicitée les Pères et Docteurs de l'Église ? N'avons-nous pas bien des fois contredit par nos actions, par nos péchés, les maximes de Jésus notre Maître ? Nous lui avons souvent préféré les créatures ; nous l'avons méconnu toutes les fois que nous nous sommes mis nous-mêmes à sa place, en suivant les impulsions perverses de nos passions, et que, en présence de ses ennemis, nous nous sommes retranchés lâchement dans un honteux silence.
La Vierge Marie, toujours intrépide, méprisa les propos des indifférents, les sarcasmes des impies, les moqueries des méchants ; son plus grand bonheur fut de confesser toujours et partout son Jésus bien-aimé.

Fruit. — Triomphons courageusement de tout respect humain ; montrons-nous tels que nous sommes, les disciples fidèles de notre Sauveur ; ce que nous croyons de cœur et surtout de raison par l'étude de la saine doctrine que nous ont transmise les siècles par les saints Docteurs et Pères de l'Église, confessons-le de bouche : c'est nécessaire pour notre salut éternel.

 

Septième considération

La désolation de Marie à la pensée des oppositions que devaient soulever les préceptes divins.

J

ésus n'est pas venu en ce monde pour détruire la loi, mais pour l'accomplir, pour la perfectionner. Les hommes, tenus autrefois en respect par les châtiments et par les menaces, devaient, dans le Testament nouveau, être uni par les doux liens de l'amour. Aussi Jésus réclame comme sien le précepte de la charité fraternelle. L'amour est toute sa loi, et celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu, comme Dieu demeure en lui, parce que Dieu est charité. Mais que voyez-vous, ô Vierge, dans le monde ?... Ô désolant spectacle !
Ce n'est ici-bas qu'un perpétuel combat ; c'est toujours la guerre. Où êtes-vous donc, ô amour ? Mais pour qui donc, ô Marie, votre Jésus a-t-il versé tout son sang ? Où sont ceux, parmi tous les hommes, qui reçoivent de Lui cette vie de charité fraternelle ? À quoi sert l’immense amour dont son cœur brûle ?... Et vous, ô douce Vierge, vous êtes saisie par les douleurs de la mort, parce que l'esprit de haine et de division, devenu plus audacieux, se répand partout.
Et la charité envers Dieu ? Elle n'est plus guère observée dans le monde. Donc ici encore, ô douce Vierge, un spectacle douloureux vous attend. Qui pénétrera en ces sombres officines de l'impiété, où les choses les plus saintes sont tournées en dérision ; dans ses tristes assemblés où l'on insulte effrontément à toute pudeur, où l'on déclare la guerre au Saint des saints ; dans ces honteuses réunions de la franc-maçonnerie, où, pour outrager Dieu et détruire la religion, on s'exerce aux plus exécrables mystères. Arrêter seulement son esprit sur ces abominations, c'est mourir d'angoisse. Et ce pendant ces mystères sont moins honteux, moins horribles que les paroles et les actions qui les révèlent au dehors : blasphèmes contre Dieu, grincements à l'encontre du ciel, infernale arrogance qui fait traiter avec Dieu comme avec un égal ! Hélas ! Arrêtons-nous, ô douce Vierge ; voir toutes ces horreurs est un tourment pire que la mort.
Puisqu'il n'y a plus ici-bas ni amour de Dieu ni amour du prochain, quoi d'étonnant, si les pratiques religieuses sont négligées, méprisées ; si à la chasteté on répond par le libertinage ; au devoir de la réconciliation par le mépris, l'injure ; à l'ordre exprès de ne pas scandaliser, par les séductions les plus impudentes ; au précepte divinement pratiqué par votre fils : « aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent » par le refus de le faire ; à cette parole sublime : « soyez parfaits, comme votre Père est parfait » par le cynisme révoltant d'une vie toute sensuelle ! Il suffit pour ces ingrats que votre Fils ait commandé une vertu pour qu'ils s’essaient au vice contraire. Ô Vierge bénie, quel déchirement, à la vue de ces désordres, votre cœur déjà si accablé !

Âmes chrétiennes, qui comprenez l'admirable langage de amour, non de cet amour humain et terrestre qui brûle et dessèche l'âme, mais de cet amour divin, tout composé de candeur et de pureté, qui prend sa course dans le ciel, plaignez les aveugles qui ne se lèvent jamais au-dessus des jouissances terrestres. Il n'y a qu'un véritable amour ; lui seul suffit, il est la source de tout bonheur. Aimez véritablement, ne faiblissez pas à votre noble mission ; vous devez montrer à tous ce que vaut, ce que peut l'amour. Que la bienfaisance ouvre votre main aux besoins des pauvres, votre cœur aux joies intimes de l'amitié ; opposer au sordide intérêt du monde les tendres effusions de votre ardente charité, et n'oubliez jamais de réclamer le secours de la bienheureuse Vierge Marie ; compatissez à ses Douleurs, aimez-la de jour en jour davantage, puisqu'elle a tant souffert pour vous, puisqu'elle vous à tant aimés.

Fruit. — souvenons-nous de cette admirable parole de notre bien-aimé Jésus : « c'est en ceci que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres. » Aimons-nous donc de l'amour sincère, et si jamais un trait amer fait naître en nous du ressentiment, que le soleil ne se couche pas sur notre colère.

 

Huitième considération

Désolation de Marie à la pensée des persécutions qui attendaient les disciples de son Fils Jésus.

N

ous sommes arrivés, ô Vierge sainte, à des scènes sanglantes qui dureront jusqu'au dernier jour du monde ; votre Fils l’a prédit, et vous, Vierge sainte, vous ne serez que trop témoin de toutes ces horreurs. Voici donc les Apôtres calomniés, jetés en prison, frappés de verges ; voici Saint-Étienne lapidé, Saint-Jacques écrasé sous la masse d'un foulon, une multitude de fidèles mis à mort ; voici un horrible le carnage à Jérusalem, dans le dessein d'étouffer dés le début l'Église naissante. Quelle douleur pour vous, ô Marie ! Comment vos entrailles ne seraient-elles pas émues et déchirées ?
À l'annonce de la doctrine nouvelle, les premiers qui s'effraient ce sont les philosophes, ceux qui cultivent la science. Quel effroi pour eux ! Tremblants et convaincus de leur insuffisance, ils essaient toutefois de trouver, pour combattre la vérité, des armes dans l'arsenal de leurs fausses sciences. Mais leurs manœuvres sont confondues, anéanties. Alors ils en appellent à la force. Il en est toujours ainsi, ô Vierge, et vous le voyez encore aujourd'hui avec douleur.
Et puis la fausse science et le plus cruel despotisme, aidés par une dépravation honteuse, s'ingénient à trouver les supplices les plus raffinés. Votre esprit prophétique, ô Vierge, vous a fait tout prévoir ; vous avez tout vu par avance. Dites-nous quels furent à ce triste le spectacle vos tourments intérieurs. Ce n'est que par un mystérieux effet de la Toute Puissance divine que vous avez pu résister et ne pas perdre la vie.
Ah ! Du moins, ce sang versé à flot va calmer la soif de ces tigres altérés ! Non, leur férocité semble prendre toujours plus de force et d'énergie. Ils s'appliquent, avec une habileté cruellement ingénieuse à inventer de nouveaux genres de tourments ; ils n'ont aucun égard ni pour le sexe ni pour l'âge, et ils exercent leur rage infernale plus sur les désarmés que sur les forts. Infâme qu'ils sont, dirons jusqu'à tenter de ravir aux vierges pures leurs plus précieux trésors, et mettront toutes leurs habilitées à s'emparer des prêtres du Seigneur pour les faire mourir.
Mais, vains efforts ! Les faibles sont revêtus de la force du Très-Haut. À peine comptera-t-on quelques rares défections, la masse restera inébranlable. Mais, en attendant, ô Vierge, quelles sont grandes les tortures de votre âme à la vue de ces scènes d'horreur !

Âmes chrétiennes, disciples fervents du Rédempteur, soyez attentifs à la parole de l'Apôtre : « tous ceux qui veulent vivre pieusement pour Jésus-Christ doivent se préparer à souffrir persécution. » Ne soyez pas étonnés si le monde ne vous laisse aucune trêve dans la guerre qu’il vous a déclarée ; ne vous laissez pas intimider : imiter l'héroïsme des martyrs. Dieu ne demande pas à tout le témoignage du sang, mais tous lui doivent l'hommage d'une vie sainte et courageuse. Résistons au monde, à ses sujétions perfides ; montrons-nous les vrais disciples de Notre Seigneur Jésus-Christ. Nous adoucirons ainsi les douleurs de la Très Saint Vierge, qui souffrit pour nous mille morts.

Fruit. — mettons notre gloire à paraître chrétien ; méprisons le monde, ses railleries, ses insultes ; c'est dans la persécution que nous devons puiser un meilleur courage pour servir fidèlement le Seigneur.

 

Neuvième considération

Désolation de Marie à la pensée du sang de Jésus répandu inutilement pour le plus grand nombre des hommes.

Ô

 bonne Vierge Marie, que voyez-vous dans l'avenir ?... Vous voyez votre Jésus, qui étendait ses bras, en sa dernière agonie, vers un peuple incrédule, vous le voyez devenu un scandale pour le juif obstiné, une folie pour le gentil aveugle. Eh bien ! Ce triste spectacle se reproduira à travers les siècles. Prenez des vêtements de deuil, couvrez votre tête de cendres, préparer votre cœur : les peines ne manqueront pas à votre martyr.
Pourquoi, ô Vierge, cette modique moisson ? Le sang de votre Jésus n'a-t-il pas racheté tous les hommes ? Son prix, d'une valeur infinie, n'a-t-il pas payé la rançon de tous les coupables ? Sans doute, une seule goutte de ce sang précieux était plus que suffisante pour acheter mille mondes. Mais l'homme ne veut pas correspondre à la grâce. Cette scène de réprobation volontaire que vous contemplez sur le Calvaire, voilà qu'elle s'étend et se reproduit dans le monde entier ; et si votre Jésus n'a pu toucher sur la Croix ces cœurs de tigres, il pourra encore moins fléchir ceux qui ne sont pas témoins de ces terribles souffrances.
Que voyez-vous encore, Vierge sainte ? Vous voyez l’encens prostitué à des divinités aveugles ; vous voyez l'apothéose d'hommes indignes de ce nom ; vous voyez sur les autels les vices les plus honteux ; vous voyez les rites plus impurs ; vous voyez encore la malice et l’iniquité couvrir de leurs flots boueux la face de la terre ; le mensonge, la duplicité, la ruse, le faste, la vanité, la licence, la fraude, la flatterie les allusions licencieuses, la trahison, les passions les plus viles se maintenir, se fortifier, et conspirer toutes ensemble contre l'innocence.
Vous voyez des hommes pervers se poser comme chefs et inventeurs de religions ; vous voyez ceux mêmes du petit troupeau de votre Fils s'égarer et périr. Vous voyez la plus grande partie des hommes méconnaître Dieu et lui préférer d’indignes créatures. Quel déchirement pour vous, ô douce Vierge, qui aviez consenti d’un si grand cœur à la mort de votre Jésus, dans l'espoir que tous les hommes seraient touchés de son Amour !
Et ce qui vous afflige plus, ô bonne Vierge, c'est que cette foule immense se laisse tromper par les apparences les plus futiles et les plus misérables, par la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux, l'orgueil de la vie. Ah ! Douce Vierge ! Dans quelle agonie vous jette un pareil aveuglement ! Votre douleur est extrême en face d'une si noire ingratitude. Vous ne pouvez goûter aucune joie en voyant l’abus que l'on fait du sang de votre Fils.

Âmes vraiment chrétiennes, ne suivez pas la foule. Tournez-vous vers votre mère, penser que Marie à donner un généreux concours à ce grand sacrifice, et que, pour la Rédemption des hommes, elle a offert ce qu'elle avait de meilleur et de plus cher, son Fils unique. Suivez le sentier qu’elle a si péniblement frayé. Le monde, il est vrai, vous haïra ; mais le combat sera court, et le triomphe final viendra couronner votre vie. Voyez comme la sainte Vierge, votre tendre mère, vous caresse, vous soutient, vous encourage de son gracieux regard ! Comme elle prie et intercède pour vous ! Voyez comme elle désire vous être une puissante protection !

Fruit. — ne considérons jamais ce que fait le grand nombre : ce n'est pas du nombre que dépend le vrai, le juste, le bon. La beauté, la justice, la vérité, réside en celui-là seul qui est intimement uni à son Dieu. Que Dieu soit donc la règle unique de nos œuvres.

 

Dixième considération

Désolation de Marie en pensant aux dissensions qui devaient désoler l'Église, épouse de son Jésus.

A

près avoir crucifié votre Fils unique, les bourreaux se divisèrent ses vêtements et tirèrent au sort sa robe sans couture, manifestant ainsi, sans en avoir conscience, deux grands mystères : un mystère d'iniquité dans ces hommes pervers qui devaient déchirer par des schismes l'Église, épouse de votre Jésus ; et un mystère d'amour dans l'Église, qui, malgré les attentats de quelques-uns de ses fils révoltés, saurait se conserver toujours fidèle à son divin Époux. Vierge sainte, voilà pour vous encore un coup mortel, voilà pour vos regards des scènes extrêmement douloureuses ! Malheur au mauvais ! Mieux vaudrait pour eux qu'ils ne fussent jamais apparus à la lumière du monde. Et par quels funestes artifices en sont-ils venus à accomplir leurs dessins perfides ?
Enflés d'une vaine science qui rempli leur âme d'orgueil, ils commencent à préconiser un système qui jouit d'abord d'une certaine faveur ; ils affectent une conduite extérieurement exemplaire ; ils s'insinuent ainsi dans les esprits, et ils répandent et accréditent bientôt leurs nouveautés. Ce sont des loups ravissants sous la peau de l'innocente brebis ; ils pervertissent les âmes, et ils déchirent avec fureur l'Église. La haine leur fournit des armes, la rage les brandit, un aveugle fanatisme en dirige les coups. Vous voyez les temples détruits, les autels renversés, les saintes images profanées et réduites en pièces ; et ce hideux spectacle frappe votre cœur, ô Marie, de mille coups et le déchirent de mille blessures. Et ce qui vous est le plus amer, ô bonne Vierge, c'est que ce sont des enfants qui se montrent ainsi cruels envers vous ; ce sont vos fils mêmes qui vous percent le sein !
Mais l'ambition n'est pas moins funeste à l'Église que la fausse science. Les hommes, désirant les biens de ce monde plus que ceux du ciel, se forge dans leur esprit un avenir séduisant et agréable ; et comme, pour arriver à une fin, il faut en prendre les moyens, tous les moyens leur sont bons. Alors ils cherchent des prétextes qui ne leur manquent pas. Puis ils lèvent le masque et vont bientôt chercher des soutiens dans la politique, afin de se révolter contre l'autorité légitime de l'Église. Voici donc, ô douce Vierge, une autre cause de douleur pour vous : là encore je ne vois que ravages, deuil, ruines et mort.
Ce ne sont là, ô Marie, que des schismes passagers. Il y a de plus un schisme permanent, qui jette l'Église dans les larmes et une douleur continuelle. Les hommes de scandale en sont les auteurs. Leur constante occupation est de corrompre les âmes faibles. Aussi ils vont s'enfonçant toujours plus avant dans le mal ; et à celui qui leur tend une main bienveillante pour les retirer du précipice, ils répondent avec arrogance par l'injure et le mépris. Quel tourment pour vous ! Ô Vierge, quel supplice, quelle désolation pour vous, et quelles ruines pour les âmes !

Âmes chrétiennes, soyez reconnaissantes envers Jésus, qui vous témoigne tant d'amour. Ah ! N'oubliez jamais son épouse, la sainte Église ; donnez à tous ce bel exemple d'une complète soumission à tous ses enseignements et à toutes ses lois. Vous ferez ainsi violence au cœur de Dieu, et vous obtiendrez de sa divine miséricorde les grâces les plus abondantes.

Fruit. — les préceptes de l'Église les plus oubliés, les plus souvent transgressés, sont ceux du jeûne et de l'abstinence. Prenez la résolution de les observer toujours exactement. Si une santé trop faible ne vous permet pas de les accomplir dans toute leur rigueur, faites du moins le plus que vous pouvez, et pour le reste imposez-vous d'autres œuvres pieuses en compensation, pour témoigner à tous que vous êtes les vrais enfants de l'Église, note très aimable Mère.

 

 

Onzième considération

Désolation de Marie en pensant au triomphe de l'impiété et de l'erreur.

Ô

 Marie ! Quel frisson d'horreur dut parcourir toutes vos veines, ô Marie ! Voici l'impiété qui dépose le manteau de la dissimulation ; elle est soutenue par la force, et la raison d'État la dirige, la conduit. Elle est l'âme de tout ce qui se trame contre vos enfants. Vous ne voyez partout qu'abominations et scènes sanglantes. L'isolement de l'Église les remplit de joie, et déjà ils comptent les jours, qu'ils supposent courts et mauvais, pour accomplir sa totale destruction. Mais quelle désolation pour votre cœur, ô Vierge Marie, de voir s'affermir le triomphe du péché et le règne du démon, et d'assister au défilé de ces pompes hideuses !
Ce n'est encore que le commencement : l'impudente impiété du paganisme s'est élevée sur un trône, soutenue par tous les vices, étayée par toutes les erreurs ; elle ordonne qu'on lui rende les honneurs, les adorations dus au Créateur : et malheur à qui ne plie pas le genou devant cette divinité de théâtre ! Tous, saisis d'horreur, devraient détourner les yeux. Mais non, la foule toujours timide s'incline ; les hommes considérables se font un mérite de ne le céder à personne pour la bassesse de leurs adorations. Pour vous, ô douce Vierge, il y a dans tout cela une douleur profonde, douleur qui vous déchire et le jour et la nuit. Quand donc, ô Vierge puissante, finira-t-elle ?...
L'impiété du paganisme n'est pas l'unique cause de vos maux. Parmi les chrétiens, il y a des traîtres qui ne sont pas moins funestes à leurs frères que ces monstres couronnés. Et quelle ruine n'a pas faite à travers les siècles l'hérésie régnant et légiférant ! Elle rencontre les mêmes adulations et les mêmes approbations ; elle a de plus l'apostasie pour auxiliaire. Victorieuse, elle détruit tous ceux qui lui résistent, elle poursuit son cours dévastateur, et ne s'arrête que sur des ruines amoncelées quand la destruction est complète. À cette vue, ô Mère de Douleurs, vous êtes noyée dans les larmes.
Il est un autre moyen pour assurer les progrès de l'impiété : la politique, habile à cacher son jeu, l'invente et le propage. Sous le nom de liberté, on charge l'Église de fers, et on veut l’immoler en la couronnant de roses. Mais déposez vos vêtements de deuil, ô Vierge Marie ; ouvrez votre cœur à la joie. Que l'Église soit attaquée, combattue, investie, assaillie de toutes parts, elle régnera éternellement, restera toujours pure, sainte, Immaculée dans ses dogmes, dans ses préceptes, en dépit des puissances de l'enfer et du monde.

Âmes chrétiennes, si vous aspirez véritablement à cette couronne incorruptible de la bienheureuse éternité, prenez exemple sur l'Église. Comme elle ne parvient au triomphe qu'après avoir soutenu les plus terribles épreuves, ainsi vous ne serez couronnées qu'après avoir combattu le bon combat : après la douleur vient la joie ; après les peines, le bonheur et la paix. Ayons toujours présent devant les yeux de l'âme le souvenir de notre Très Sainte Mère, la Vierge Marie, dont la vie ne fut qu'une longue souffrance, et que son exemple nous anime et nous fortifie, nous rende constants et patients dans nos peines, désireux de souffrir toujours davantage pour plaire à Dieu.

Fruit. — renonçons entièrement au monde ; entre nous et lui, il ne serait exister d'amitié. Que le monde soit crucifié pour nous, et nous pour le monde.

 

Douzième et dernière considération

Marie Reine des martyres.

Ô

 Vierge Marie, vous pouvez bien dire avec le Psalmiste : « ma vie s'est évanouie dans la douleur, et mes années se sont écoulées dans les gémissements » car la douleur vous fut toujours présente : elle fut votre pain de chaque jour, elle vous investit de toutes parts, vous pénétra et vous consuma toute entière. Votre martyre tient de l'infini, vous êtes vraiment la Reine des martyrs. La passion de votre Jésus, qui fut plus que le Roi des martyrs, ne s'est-elle pas imprimée par contrecoup dans votre cœur ? Vous n'avez pas même attendu les jours de la Passion pour livrer votre cœur aux mortelles agonies, et longtemps auparavant cette douleur était déjà si grande qu’elle vous noyait dans ses ondes amères.
Encore toute petite fille, vous aviez appris des prophètes cette histoire anticipée des souffrances d'un Dieu fait homme. À partir de cette dernière révélation, que de larmes brûlantes ont coulé sur vos joues virginales ! Mais voici que vous êtes devenue Mère de Dieu : qui pourra jamais exprimer quels glaives s'enfoncèrent alors dans votre cœur et le transpercèrent ! Et ce ne sont encore que les pressentiments de la Passion ; au jour où elle s'accomplit, quel martyre de sang ne produisit-elle pas dans votre cœur, ô ma bonne Mère ! Car toutes les circonstances de la Passion de Jésus, car toutes les circonstances de la Passion de Jésus, expirant dans des souffrances inouïes, se reproduisent douloureusement en vous, sa Mère. Oui, si Jésus fut le Roi des martyrs, vous êtes bien, ô Marie, la Reine des martyrs.
Mais ce n'est pas tout. Marie aime Jésus autant que la Mère d'un Dieu peut aimer son Fils-Dieu, elle l'aime parfaitement ; son amour participant en un sens de l'infini : or la douleur est proportionnée à l’amour ; la douleur de Marie fut donc infini, par suite de la Passion et de la Mort de son Jésus. Cette infinie douleur est donc pour Marie un titre évident au nom glorieux de Reine des martyrs.
Sous un autre aspect, Marie eut plus à souffrir que tous les martyrs, parce que son martyre fut un martyre sans soulagement. Marie ne reçu aucun adoucissement ni de son amour, puisque c'était lui qui la torturait ; ni de son Jésus, puisqu'il était la cause de toutes ses souffrances. Oh oui, Marie fut comme plongée dans une mer immense de tourments. Nous vous saluons donc Reine des martyrs, ô douce Mère de Jésus ; nous vous saluons aussi notre co-rédemptrice, et nous vous prions instamment de nous prendre sous votre protection.

Âmes chrétiennes, vous comprenez déjà pour qui la Vierge Marie a tant souffert. Quand nous contemplons ses Douleurs, il nous est donc impossible de ne pas reconnaître en elle notre co-rédemptrice. Elle est bien véritablement notre Mère ; mais nous, sommes-nous vraiment ses fils ? Les vrais enfants se reconnaissaient à une marque infaillible : la ressemblance avec leurs parents. Infortunés ! Combien de fois avons-nous effacé cette ressemblance de notre âme par le péché !
Disons lui de tout cœur : « me voici à vos pieds, ô ma Mère, tout rempli de confusion et de regret. Je suis votre enfant pour toujours. Soyez moi donc propice aujourd'hui et à tous les instants de ma vie, et montrez-vous toujours ma Mère. »

Fruit. — dévouons-nous d'une manière toute particulière au souvenir et à la méditation des Douleurs de notre Très Sainte Mère, la Vierge Marie. À cette fin, si nous ne l'avons déjà fait, revêtons-nous du scapulaire de ses Douleurs, renouvelons-nous dans notre dévotion, et pratiquons la méditation de ses Douleurs ainsi que la pratique du chapelet de Notre Dame des sept Douleurs.

(d'après le P.B. Troscia, de l’Ordre des Servites de Marie.)

 

 

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