SENTIMENTS ET EXERCICES INTÉRIEURS
FORMANT L'ESPRIT
DE LA DÉVOTION À NOTRE DAME DES DOULEURS

 

Les différents chapitres :

Chapitre I : Compassion envers Notre Dame des Douleurs.
Chapitre II : Amour envers Notre Dame des Douleurs.
Chapitre III : Reconnaissance envers Notre Dame des Douleurs.
Chapitre IV : Confiance envers Notre Dame des Douleurs.
Chapitre V : Prière à Notre Dame des Douleurs.
Chapitre VI : Imitation de Notre Dame des Douleurs.
Chapitre VII : Dévouement envers Notre Dame des Douleurs.

 

 

CHAPITRE  Ier

COMPASSION ENVERS NOTRE DAME DES DOULEURS

 

 

S

ouffrir et pleurer, quand on voit les autres, surtout les siens, souffrir et pleurer, c'est le sentiment de la compassion. Ce sentiment est un des plus beaux que le cœur humain puisse éprouver et la grâce divine de sur naturaliser.

En présence des faits douloureux qui le causent, il est bien plus vif, mais il a encore sa raison d'être, une fois ces faits accomplis et écoulés, surtout dans certaines circonstances particulières. Ne voit-on pas, longtemps après la mort d'une personne chérie, le souvenir des grandes peines qu'elle a endurées arracher des larmes abondantes aux personnes proches par les liens de la parenté ou de l'amitié ?

Rien n’est donc plus convenable et plus légitime que des âmes chrétiennes éprouvent ce sentiment, lorsqu'il s'agit de Marie, Mère de Douleurs. En se retraçant, à la lumière de la foi et des pieuses révélations, ce que fût sa vie de douleur et d'angoisse, il faudrait avoir un cœur de pierre pour n'en n'être pas profondément ému et sensiblement affligé.

C'est pourquoi ce sentiment est celui qui doit dominer dans la dévotion à la Mère de Douleurs, et duquel doivent découler tous les autres ; car il est vraiment l'âme du culte spirituel que des enfants chrétiens et aimants sont tenus de rendre à leur Mère remplie d'affliction pendant tout le cours de sa vie.

Cette compassion, si elle est sincère et profonde, ne peut que les porter à rechercher la cause des Douleurs de leur Mère, et, l'ayant trouvée et connue, les engager efficacement à la restreindre à ses limites les plus rigoureuses. Cette cause est le péché, que nous sommes tous inclinés par notre misère à commettre, mais que nous pouvons commettre beaucoup moins fréquemment et beaucoup moins gravement, en usant des moyens nombreux et puissants que la Bonté et la Miséricorde de Notre Seigneur tiennent sans cesse à notre disposition.

Si cette compassion ne produit pas cet effet, il sera nécessaire de conclure qu'elle est toute superficielle et qu'elle sera bien éphémère.

Et pour que cette compassion obtienne ce résultat d'une manière durable, il importe qu'elle soit habituelle en nous, et que nous ayons par suite souvent sous les yeux les grandes Douleurs de Marie, et celles comblant les intervalles qui les ont précédées et suivies. Le tableau de tant de preuves, de peines et d'angoisses, devra produire alors le résultat inévitable :
1°de nous forcer à nous défendre par tous les moyens imaginables, surtout les plus efficaces, du péché et de tout ce qui y conduit, pour ne pas ajouter aux Douleurs de notre Mère ; et
de nous porter à réparer, selon toute l'étendue de notre pouvoir, la multitude des péchés que nous avons commis nous-mêmes, et des crimes de toutes sortes qui dans le monde entier, se commettent tous les jours et sont la cause des Douleurs immenses de la meilleure des Mères.

Notre compassion ainsi exercée sera suivie de cette pensée si consolante que nous n'agrandissons pas le martyre passé de notre Mère, et que nous ne l'a privons pas de joies accidentelles qui peuvent être ajoutées à son bonheur présent dans le Ciel.

 

CHAPITRE  II

AMOUR ENVERS NOTRE DAME DES DOULEURS

 

 

C

'est un devoir pressant pour nous d'aimer Notre Dame des Douleurs. Est-il besoin de le dire ? Il semble, en effet, que nous ne pouvons nous abstenir d'aimer la personne au monde, après Notre Seigneur, la plus aimable par sa beauté, sa bonté, ses vertus, ses grandeurs et ses privilèges.

La Mère des Douleurs, c'est Marie, la créature comblée sans réserve des dons du Créateur ; c'est la Vierge sur laquelle le moindre souffle impur n'a jamais passé, à sa naissance et pendant tout le cours de sa vie ; c'est la Mère véritable de Dieu Notre Seigneur, devenu Mère sans cesser d'être Vierge ; c'est la Coadjutrice, sur terre et dans le Ciel, de la Rédemption du monde ; c'est la Reine incomparable, qui, n'ayant point subi la corruption du tombeau, est en corps et en âme dans le Paradis, occupant le trône le plus élevé après son Fils ; c'est la Mère de tous les chrétiens et le secours puissant de la sainte Église, que l'amour infatigable et la prière toujours écoutée de Marie défendent victorieusement contre toutes les attaques de l'enfer.

La Mère de Douleurs, c'est cette créature parfaite, cette Vierge Immaculée, cette Mère glorieuse et aimante, cette Reine puissante et bonne, mais avec une auréole, un diadème qui relève et agrandit démesurément tous ses dons, tous ses mérites, toutes ses grandeurs. Cette auréole, ce diadème est celui de la douleur, d'une douleur immense, déchirante, si bien que, en la voyant, nous avons sous les yeux la créature la plus ravissante de beauté et de bonté, plongée en même temps dans un océan d'amertume et d'angoisse, dont personne ne pourra jamais mesurer les dimensions.

Et cette douleur n'est pas due à des fautes commises par désordre volontaire, ou à des responsabilités encourues par imprudence coupable. Elle est pleinement imméritée. Le péché seul appelle la réparation par la souffrance ; or Marie est la créature souverainement innocente, elle est la créature sainte par excellence ; elle n'a donc pu attirer sur sa tête tant de maux et d'afflictions.

Cependant elle supporte cette vie de douleur intense et constante avec le plus grand calme, la plus grande soumission, la plus grande résignation au plaisir divin, comme si elle était justement frappée. À la fois elle ne s'arrête pas à la pensée des avantages qu'elle peut en retirer, mais elle songe uniquement au bien qui en résultera pour les hommes qu'elle aime de l'amour le plus tendre. C'est pourquoi elle, si bonne, se dévoue, se sacrifie dans la douleur jusqu'aux plus extrêmes limites, tout entière à satisfaire l'amour qu'elle porte à Dieu et aussi aux hommes.

Peut-on, par suite, croire qu'il est permis de ne pas aimer, et même de s'empêcher d'aimer une personne qui, comme type d'amabilité, surpasse tout ce qu'on peut imaginer de plus parfaitement aimable ?

 

CHAPITRE  III

RECONNAISSANCE ENVERS NOTRE DAME DES DOULEURS

 

D

u sentiment de l'amour pour Notre Dame des Douleurs nous passerons au sentiment de la reconnaissance, et cette reconnaissance devra être vraiment sans limites, parce que l'amour que la Mère des Douleurs a eu pour nous et les bienfaits qui ont découlé pour nous de cet amour sont au-dessus de tout ce que nous pouvons imaginer.

Marie nous a aimés véritablement, comme Notre Seigneur Lui-Même, quoique dans un degré qui ne saurait égaler l'Amour infini de ce divin Sauveur mort pour nos péchés sur la Croix. Elle l'a suivi de très près dans cet amour, et elle l'a imité si parfaitement, qu'elle a été sa copie la plus achevée, des milliers de fois au-dessus de tous les saints.

Cet amour pour nous n'a pas cessé d'animer son cœur, car il complétait l'amour admirable qu'elle ressentait continuellement pour son Dieu. Il lui a servi de motif déterminant et impulsif dans tous les actes et mystères de sa vie ; car elle portait partout avec elle ce désir intense de notre bien et de notre bonheur.

Aussi, pour cette raison, à la grande œuvre que venait accomplir son divin Fils, elle a donné toute son adhésion, toutes ses forces, toute son âme ; elle a embrassé cette œuvre comme si c'eût été la sienne propre, afin que cet appoint de son concours nous fût compté, indiqué, imputé par la Miséricorde divine.

Pratiquement elle a accepté avec une générosité absolue tout ce que sa mission lui imposait de larmes, de souffrances, de douleurs et de tourments. Elle s'est mise délibérément à notre profit sous le pressoir terrible des tribulations innombrables qu'elle devait partager avec son divin Fils.

Sans doute Jésus suffisait, et a suffi en réalité, à lui seul, pour nous racheter complètement et même avec des surabondances infinies ; mais la richesse exubérante de ses mérites et de ses satisfactions n'a pas empêché au trésor de grâces, obtenues par la coopération de Marie, de se produire et de venir accroître les bienfaits que nous avons perçu de la Rédemption.

Avec une tendresse souverainement maternelle, Marie nous a tout dévolu, tout légué : en deux mots, après avoir consenti à l'immolation du Fils aimé par elle sans limite, après l'avoir vraiment d'une certaine manière immolé de ses propres mains par amour pour nous, de plus, par amour encore pour nous, elle nous a fait donation de tous les fruits de ce sacrifice héroïque au-delà de toute expression.

Aussi ce sentiment et ce désir de la reconnaissance sont de ceux qui doivent êtes enracinés dans nos cœurs envers Notre Dame des Douleurs, de telle sorte qu'ils soient toujours en exercice et qu'ils ne se lassent jamais d'offrir le retour réclamé par un amour si ardent et une générosité si incompréhensible.

 

CHAPITRE  IV

CONFIANCE ENVERS NOTRE DAME DES DOULEURS

 

 

L

a confiance repose en général sur trois fondements : la bonté, l'amour et la puissance de la personne qui est l'objet de cette confiance ; car la bonté lui donne l'inclination de faire le bien, l'amour dirige cette inclination vers la personne aimée, et la puissance permet de réaliser ce que la bonté et l'amour inspirent.

Marie, Mère de Douleurs, remplit admirablement ces conditions par rapport à nous.

Sa bonté éclate en traits multiples et saisissants ; tout son être surabonde de bonté ; aussi n'a-t-elle d'aspiration que pour le bien, le bien qui glorifie et honore Dieu, le souverain Bien, d'une manière directe ; et celui qui ne le glorifie et ne l'honore pas moins, quoiqu'il se rapporte à lui d'une manière indirecte, c'est-à-dire en passant par le prochain. La bonté de Marie se manifeste donc par un écoulement perpétuel d'actes vertueux, ayant pour objet Dieu et les créatures sorties de ses mains, surtout les créatures humaines, qui ont un lien de parenté si étroit avec cette divine Vierge. De plus, la bonté qui ne se laisse pas déconcerter par la souffrance et la douleur, qui l'embrasse avec force, l'endure dans toutes ses âpres rigueurs, quand même elle viendrait de ceux-là mêmes qui reçoivent les bienfaits, c'est la bonté par excellence. Telle fut celle de Marie, qui persista à être bonne à l'égard de nous tous, qui étions les auteurs de toutes ses infortunes et de tous ses tourments.

Son amour envers nous n'est pas moins frappant que sa bonté intérieure ; car cet amour n'est qu'une part et une forme de la bonté de Marie. Comme ce sont les œuvres qui permettent de connaître et de mesurer cet amour, on n'a qu'à les considérer pour se faire une idée de l'immense amour de Marie pour nous. Déjà nous avons esquissé rapidement ce que Marie a accepté, embrassé, accompli pour nous, à notre profit, sans y être obligée ; nous avons montré que la vie de Marie, du premier instant au dernier, de son Immaculée Conception et de sa Maternité divine surtout à la mort de son divin Fils et à sa propre mort, ne fut qu'une démonstration de son amour pour nous, fournie principalement par ses larmes et ses souffrances sans nombre. Aussi rien n'est plus certain que la densité de l'amour de Marie pour nous.

Quant à la puissance dont elle dispose en notre faveur, elle n'est pas contestable en ce qui regarde le passé, Marie ayant été associée à son divin Fils pour accomplir l'œuvre grandiose de notre Rédemption, qui est bien au-dessus de toute puissance humaine. Pour le présent, nous pouvons dire que Dieu ne change pas par rapport à sa Mère : il est et demeure pour toujours ce qu'il a été une fois, c'est-à-dire un Fils plein de tendresse pour elle et toujours prêt à lui être soumis par amour et à satisfaire tous ses désirs. Aussi, aujourd'hui comme hier, elle possède près de son Fils-Dieu, par ses prières et ses intercessions, une puissance qui ne s'exerce jamais en vain. C'est du reste ce que prouvent tant de merveilles de toutes sortes que son invocation a opérées dans les siècles passés et opère encore tous les jours. Au lieu de s'éclipser, cette puissance semble au contraire aller toujours en grandissant.

Mais ce qui est vrai de Marie en général l'est bien des milliers de fois plus de Marie Mère de Douleurs ; car ce fait des Douleurs qu'elle a endurées pour notre Seigneur et pour nous est bien le plus capable de nous convaincre et du crédit dont elle jouit auprès de son divin Fils, et de la bonté et de l'amour qui l'inclinent à en user à notre profit.

C'est pourquoi, sans la moindre hésitation, et la moindre crainte, notre confiance envers Notre Dame des Douleurs doit être tout ce qu'il y a de plus fort, de plus illimité, de plus incliné à l'espérance, même au milieu des situations les plus désespérées.

 

CHAPITRE  V

PRIÈRE À NOTRE DAME DES DOULEURS

 

L

a confiance, plongeant ses racines profondément dans le cœur, donne aussitôt un fruit qui lui est naturel. Ce fruit est la demande, la prière. Nous savons, d'une part, à ne pouvoir en douter, sur les preuves les plus touchantes et les plus persuasives, c'est-à-dire d'immenses Douleurs supportées par le plus grand désintéressement, que Marie nous aime sans mesure. D'autre part, nous savons qu'elle possède auprès de Notre Seigneur un crédit tout-puissant parce qu'elle est son incomparable Mère, et à cause des Douleurs qu'elle a acceptées et endurées pour lui plaire. Alors nous ne pouvons que sentir la plus illimitée confiance en elle, et, par suite, nous ne pouvons qu'être grandement porté à recourir à elle ; la prière ne peut que jaillir aussitôt de nos cœurs, monter spontanément à nos lèvres, et se répandre douce et abondante au pied de cette Mère de Douleurs.

Nous comprenons et sentons très bien, en considérant cette Mère de Douleurs, que près d'elle tout le monde peut accourir et se réfugier ; le plus grand attrait de nos cœurs, quand la souffrance les visite, n'est-il pas d'aller près d'un cœur qui a souffert lui-même, et de solliciter de lui ce dont nous avons besoin quand il peut nous le donner ? Ceux qui pleurent ne vont pas facilement près de ceux qui sont dans la joie. Aussi Marie, Mère de Douleurs, forme vraiment le centre le plus attractif pour les âmes qui sont dans la peine et la détresse.

La prière qui se répand à ses pieds n'est arrêtée par aucune frayeur ; nous ne pouvons craindre de la troubler et de la fatiguer, puisque dans tout ce que nous savons et considérons d'elle, elles nous présente le type achevé de la patience dans les peines les plus vives, de la résignation dans les sacrifices les plus grands, et de l'amour dans les tourments du cœur les plus cruels. Notre prière exprime donc volontiers toutes nos misères, et, armée de la plus complète confiance, réclame d'elle tous les secours nécessaires à notre malheureux état.

Nos fautes et égarements, nos chutes profondes ne peuvent fermer ni notre cœur ni notre bouche, puisque cette Mère de Douleurs a subi son martyre pour les expier, les réparer, nous y arracher, ainsi qu'à toutes leurs funestes conséquences. La pensée de ce qu'elle a fait si généreusement à l'avance nous encourage à être plein d'assurance et à demander tout ce dont nous avons besoin, bien que nous ayons toute raison d'être accablés par la honte et retenus par la crainte en considérant nos torts vers Dieu.

C'est pourquoi il n'est pas étonnant que d'après une expérience qui se poursuit tous les jours, partout où l'on a exposé ses images, on ait vu les foules venir solliciter toutes sortes de faveur et les obtenir.

Notre Dame des Douleurs doit donc nous apparaître comme assise sur un trône dont tous peuvent s'approcher avec la plus grande confiance et près duquel toutes les prières des âmes les plus malheureuses et les plus coupables sont accueillies avec le plus grand empressement et le plus aimable sourire.

 

CHAPITRE  VI

IMITATION DE NOTRE DAME DES DOULEURS

 

 

M

arie est un modèle de sainteté en tout, par conséquent ses enfants et ses serviteurs doivent s'efforcer de l'imiter en tout ; c'est un devoir qui s'impose d'autant plus à l'affection que Dieu le désire expressément, et veut que nous arrivions à lui non seulement en usant de l'intercession de sa Mère, mais encore en suivant ses exemples.

Nous devons, par suite, chercher à l'imiter dans tout cet aspect de sa vie qui nous est présenté par ce titre de Notre Dame des Douleurs. C'est, du reste, ce qui nous est le plus nécessaire, car rien n’est commun comme la douleur pour nous tous dans cette vallée de larmes, et rien à la fois nous est plus difficile à considérer et à accepter. Nous avons une nature si opiniâtrement incliné vers le plaisir, que sans efforts elle fuit la douleur, et cependant rien n'est plus à propos que de nous résigner à la subir, parce que pour nous c’est elle seule qui peut donner à notre vertu le sceau de la véritable perfection : sans douleur il ne peut y avoir de sainteté véritable ; c'est la loi qu'a portée l'Homme de Douleurs, et à laquelle tous doivent se conformer.

Imitons donc Marie dans les dispositions admirables avec lesquelles elle a connu et accepté la mission qui la destinait à une vie remplie de souffrances et de douleurs. La volonté de Dieu a été pour elle la grande raison de sa soumission au sort qui lui a été fait ; elle l’a embrassée, le visage souriant et le cœur dilaté, et quoique sa nature pût sentir tout l'accablement du fardeau, elle a conservé toute sa confiance et tout son courage.

Bien plus, elle a été heureuse de trouver un moyen si opportun et si propre pour satisfaire son immense désir d'être généreuse envers Celui qui l'avait comblée de tant de faveurs et de privilèges. Tout en sentant donc si vivement le poids qui l'accablait, elle jubilait d'aise de pouvoir penser et dire qu'elle souffrait pour offrir un digne retour de reconnaissance et d'amour à Celui qui avait tant fait pour elle. Sans cet océan de douleurs, dans lequel son âme avait été plongée si à propos, elle n'aurait su comment exprimer les plus intimes sentiments de son cœur.

Et puis, devant le torrent des maux qu'elle voyait à réparer, elle trouvait même que c'était bien peu de choses à présenter ; aussi dans toute la mesure où elle le pouvait, elle offrait toutes ses larmes, toutes ses douleurs pour racheter les péchés et les crimes de la terre, ceux qui étaient passés, ceux qui étaient présents, ceux qui étaient à venir. Elle était même prête à supporter mille fois plus, si Dieu l'eut voulu pour la même fin : son désir d'empêcher le mal, de compenser, de l'expier, était lui-même un des plus grands tourments de son cœur.

Telles sont les dispositions principales que nous devons reproduire en nous, et moyennant lesquelles nous pouvons imiter Notre Dame des Douleurs. Quelque difficile et imparfait que puisse être notre succès, tentons ce que demande de nous une Mère généreuse, qui a commencé par nous donner l'exemple et nous montrer la voie.

 

CHAPITRE  VII

DÉVOUEMENT ENVERS NOTRE DAME DES DOULEURS

 

 

C

es sentiments divers et les pratiques intérieures, qui doivent former la plus belle partie de notre culte envers Notre Dame des Douleurs appellent un couronnement ; à la compassion, à l'amour, à la reconnaissance, à la confiance, à la prière, à l'imitation nous devons joindre, comme achèvement et perfection dernière, le dévouement à son service ; nous devons-nous déclarer ses serviteurs prêts à tout faire, à tout entreprendre pour son honneur, pour sa gloire ; nous devons lui dire : « Ô Mère, nous sommes tout à vous ! ».

Sans négliger de rendre des honneurs à tout ce qui en mérite dans Marie, cependant nous nous attacherons de préférence en elle à l'aspect de ses gloires et de sa vie qui nous révèle le plus d'amour et d'immolation ; c'est évidemment ce que renferme ce titre de Notre Dame des Douleurs, et c'est pourquoi Notre Dame des Douleurs devra obtenir de nous la plus grande somme de générosité, de dévouement et de sacrifice. À fin de mieux entrer dans cette voie, nous nous exciterons nous-mêmes à faire tout ce qui sera en notre pouvoir pour faire connaître et aimer de tous, partout et toujours, la Mère de souveraine affliction et d'immense douleur. Si nous en avons la grâce, nous serons prêts à poursuivre ce but à travers les labeurs et les humiliations de toutes sortes ; nous tâcherons d'imiter en cela les saints, qui, pour augmenter du moindre degré la gloire de la sainte Vierge, Notre Dame des Douleurs, seraient passés par le feu et auraient subi le martyre.

Nous nous attacherons d'autant plus à cette œuvre de propagande et de diffusion et de tout ce qui concerne Notre Dame des Douleurs, dans tous les milieux où nous pourrons avoir une influence, que, hélas ! la tendance générale, conforme à l'inclination de notre nature pour tout ce qui plaît, porte à oublier les larmes et les Douleurs de notre Mère. Tout ce qui est joyeux et glorieux en elle nous attache, mais tout ce qui est sombre et triste nous éloigne. Nous nous efforcerons de vaincre de toute manière cet éloignement, en montrant combien il est condamné par la véritable affection qu'un enfant doit à sa mère, et combien il est plus parfait et plus aimant de s'attacher d'autant plus à une Mère qu'elle souffre davantage.

Quels que soient les insuccès et les sentiments de découragement qui puissent marquer cet apostolat, nous ne nous laisserons pas abattre en pensant qu'au moins nous accomplissons le désir le plus cher de Celle qui nous a enfantés à la vie divine par le martyre le plus douloureux. Et dans les rencontres où nous trouverons un accueil favorable, si nous sommes assez heureux pour faire pénétrer dans les âmes l'amour de Notre Dame des Douleurs, nous nous réjouirons avec humilité d'avoir pu être les instruments d'une grâce de salut et de sainteté si efficace, et nous nous encouragerons à de nouvelles entreprises dans le même but.

S'il est si doux de donner à qui que ce soit en ce monde, qu'elle ne devra pas être notre bonheur de pouvoir offrir à la meilleure des mères, à Celle qui a tant souffert pour nous, quelques instants de notre vie quotidienne, quelques efforts de notre courage, quelques élans de notre cœur, quelques parcelles du temps si court que nous avons à passer sur la terre, en attendant que nous puissions louer et aimer éternellement la Mère de Douleurs dans le Royaume de la paix ineffable et de la joie sans mélange !

 

 

 

 

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