PRINCIPES ET NOTIONS SUR LA DÉVOTION
À NOTRE DAME DES DOULEURS

 

Les différents chapitres :

Chapitre I : Première origine de la dévotion à Notre Dame des Douleurs.
Chapitre II : Objet de la dévotion à Notre Dame des Douleurs.
Chapitre III : Fondements de la dévotion à Notre Dame des Douleurs.
Chapitre IV : Histoire de la dévotion à Notre Dame des Douleurs.
Chapitre V : But de la dévotion à Notre Dame des Douleurs.
Chapitre VI : Pratique de la dévotion à Notre Dame des Douleurs.
Chapitre VII : Fruits de la dévotion à Notre Dame des Douleurs.
Chapitre VIII : Excellence de la dévotion un Notre Dame des Douleurs.

 

 

CHAPITRE  Ier

PREMIÈRE ORIGINE DE LA DÉVOTION
À NOTRE DAME DES DOULEURS

 

M

arie, envisagée selon les plus purs enseignements de la foi, nous apparaît aussitôt comme la Mère de Douleurs.

Ce fait mystérieux éclate à nos regards dans une pleine lumière lorsque nous lisons avec attention le saint Évangile, lorsque nous pénétrons le Plan divin de la Rédemption, lorsque nous observons avec soin la pratique de la sainte Église, lorsque nous étudions les Docteurs, lorsque nous recherchons la conduite des âmes pieuses.

Et, en approfondissant ce fait, nous pouvons remarquer bien vite qu'il embrasse toute la personne de la sainte Vierge, toute sa vie, toute sa mission.

Par suite, pour les yeux qui voient et les cœurs qui sentent, ce fait de la douleur dans la sainte Vierge est quelque chose de saillant et d'éminent sur tous les rapports.

De là à faire de cette douleur, de ces Douleurs, de ce martyre de Marie, l'objet d'un culte spécial ou d'une dévotion, le passage était facile, il était même nécessaire ; car, si toujours la sainte Église et les fidèles ont mis tant d'amour et d'empressement à honorer les mystères de la vie de la sainte Vierge, consistant en des faits transitoires, ils devaient à plus forte raison s'appliquer à rendre des hommages tout particuliers à un mystère qui accompagne en général tous les autres, qui a embrassé toute la vie de la sainte Vierge, l'a pénétrée de toutes parts et en a formé comme le caractère distinctif.

C'est pourquoi la piété chrétienne s'est, dès le commencement, tournée vers Marie, Mère de Douleurs, avec un élan tout spontané et une émulation pleine de générosité.

Comme la toute divine Passion de Notre Seigneur était le principal point de mire de toutes les âmes qui étaient vraiment dévouées à ce divin Maître, ainsi les Douleurs de Notre Dame, formant sa Compassion inséparablement unie aux souffrances de son Fils, furent pour ces mêmes âmes un grand et puissant attrait.

Telle a été la raison principale pour laquelle on a rendu un culte spécial à Marie Mère de Douleurs ; ce culte s'est trouvé commandé, imposé par les faits mêmes de la vie et de la mort de Jésus, et par la large part que Marie, sa Mère, y a prise pendant tout le cours de sa carrière mortelle. Aussi primitivement il n'a pas été besoin d'efforts pour faire naître ce culte parmi les fidèles ; ils l'ont trouvé tout formé dans leur cœur, et ils en ont éprouvé les sentiments sans que personne ne les leur enseignât.

 

CHAPITRE  II

OBJET DE LA DÉVOTION À NOTRE DAME DES DOULEURS

 

 

U

ne dévotion, qui a pour objet spécial les Douleurs de Marie jaillit donc du trésor de la foi comme de sa source propre ; c'est une fleur sortant naturellement de sa tige. Les Douleurs de Marie existant, elles devaient devenir un objet des méditations et des affections chrétiennes et avoir leur culte propre.

Mais cet objet peut être considéré sous un aspect restreint ou sous un aspect agrandi soit qu'on veuille y comprendre seulement les Douleurs les plus sensibles de Marie, soit qu'on y fasse entrer tout ce qui a affecté péniblement son cœur depuis le premier instant de sa vie jusqu'au dernier. Dans l'un et l'autre cas, cet objet demeure toujours quelque chose de très touchant, de très vaste et de très important pour tous ceux qui reconnaissent dans Marie la Mère de Dieu et leur propre Mère.

Même quand on limiterait cet objet à la Compassion de Marie, entendu dans le sens de ce terrible contrecoup qui, de toute la très sainte Humanité de Notre Seigneur, est venu pendant les trois jours de la Passion, frappé si rudement sa Mère, il y a là de quoi alimenter les âmes dans une mesure surabondante ; car, proportion gardée, c'est la Passion de Jésus répétée en Marie. Et c'est pourquoi il est difficile, impossible même, de séparer les Douleurs de Marie des souffrances de Jésus, et de s'appliquer au culte des Douleurs de Marie sans embrasser en même temps le culte de la Passion de Notre Seigneur. Par rapport à l'objet de la dévotion à Notre Dame des Douleurs, il a plu à la sainte Église de déterminer et de préciser ce qu'elle voulait de préférence proposer à notre culte ; elle l'a fait principalement au moyen de deux fêtes qu'elle a insérées dans le Missel et l'Office Divin. Ces deux fêtes sont celles qu'elle a appelées des Sept Douleurs de la Bienheureuse Vierge Marie, et qu'elle a fixées, la première au vendredi qui suit le dimanche de la Passion, et la seconde au troisième dimanche de septembre.

Mais, en indiquant ces sept Douleurs comme objet principal d'un culte particulier, la sainte Église n'a pas voulu exclure tout autre Douleur de la sainte Vierge : elle a voulu seulement marquer dans la vie douloureuse de Marie les grandes étapes au cours desquelles viennent se ranger toutes les autres, et ainsi fournir aux fidèles un objet formé par des faits sensibles, et qui par la même est bien plus capable de saisir leur esprit et leur cœur.

Ces sept Douleurs se trouvent décrites avec une poétique simplicité dans les répons et les versets qui suivent les sept premières leçons de l'office des sept Douleurs de la Bienheureuse Vierge Marie au troisième dimanche de septembre. Après la huitième leçon se trouve une douce exhortation à nous remplir, en une mettant tout notre cœur, du souvenir des larmes des Douleurs de notre Mère.

Voici cette description et cette exhortation :

Première Douleur
Le glaive de Douleur prédit à Marie
par le vieillard Siméon

Siméon, homme juste et craignant Dieu, dit à Marie : un glaive traversera votre propre âme.
Ne m'appelez pas belle, mais douloureuse, parce que le Tout-Puissant m'a remplie surabondamment d'amertume.

Deuxième Douleur
La fuite en Égypte avec l’Enfant Jésus et Joseph

Lève-toi, prend l'Enfant et sa Mère, et fuis en Égypte, et demeure là jusqu'à ce que je te parle.

J'ai appelé mon Fils d'Égypte, pour que le salut vienne en Israël.

Troisième Douleur
La perte de jésus à Jérusalem dans le temple

Mon Fils, pourquoi avez-vous agi ainsi envers nous ?

Votre père et moi, nous vous cherchions plein de douleurs.

Quoi ! Vous me cherchiez ? Mais ne faut-il pas que je sois aux affaires de mon Père ?

Quatrième Douleur
La rencontre de Marie et de Jésus
sur le chemin du Calvaire

Une troupe de femmes sanglotant et se lamentant suivaient Jésus portant sa Croix.

Filles de Jérusalem, pleurez sur vous-mêmes et vos enfants.

Cinquième Douleur
Marie au pied de la Croix où Jésus est crucifié

Lorsque le cortège fut arrivé au lieu qu’on appelle Calvaire, on le crucifia. Cependant la Mère de jésus se tenait au pied de la Croix.

Alors un glaive de douleur traversa la bienheureuse âme de la Mère.

Sixième Douleur
Jésus descendu de la Croix et déposé
entre les bras de Marie

Joseph d’Arimathie demanda le Corps de Jésus, que sa Mère reçut dans ses bras, lorsqu’il fut descendu de la Croix.

La Sulamite, pleine de douleur, soutenait sur son sein son Fils mort.

Septième Douleur
Jésus enseveli sous les regards de Marie

Joseph enveloppait votre Fils dans le linceul et le déposait dans le sépulcre ?

Considérez et voyez s’il est une douleur comme ma douleur !

Exhortation

Gardez dans tout votre cœur le souvenir des gémissements de votre Mère, afin d'obtenir la perfection des propitiations et des bénédictions divines.

Salut, Princesse pleine de générosité, rose brillant à la tête des martyrs, lis resplendissant entre toutes les vierges !

 

 

CHAPITRE  III

FONDEMENTS DE LA DÉVOTION À NOTRE-DAME DES DOULEURS

 

 

Q

u’il y ait lieu vraiment pour des chrétiens de fixer leur attention sur les Douleurs de Marie, leur Mère, d'en garder le souvenir et de leur rendre des hommages particulier, rien ne peut-être plus certain ; car les fondements de ce culte ou dévotion sont multiples et indiscutables.

Il y a d'abord, comme racine première de cette dévotion, les sentiments les plus beaux et les plus louables de notre nature, élevés et sur naturalisés par la foi et la grâce ; ces sentiments sont ceux en vertu duquel un enfant ne saurait oublié rien de ce qui touche sa mère, surtout de ce qu'il y a eu dans sa vie de plus grand et de plus généreux, de plus amer et de plus pénible, de plus aimant et de plus désintéressé.

Tel est bien notre devoir comme enfants de Marie. Pleinement innocente, Marie a souffert immensément sans l'avoir jamais mérité ; nous avons été la cause coupable de toutes les Douleurs qu'elle a acceptées et endurées par amour pour nous, entièrement pour notre bonheur ; et nous serions insensibles à une conduite si touchante et si héroïque ! Cela ne saurait se concevoir.

Aussi nous voyons avec évidence et nous sentons vivement que c'est un devoir sacré de piété filiale pour nous d'honorer Marie, notre Mère, au milieu de ses larmes, de ses peines et de ses angoisses. Du reste, en remplissant ce devoir, qui doit sembler si doux à des enfants, nous recevons en retour, comme nous l'avons déjà dit et le dirons encore, des grâces très abondantes, si bien qu'en accomplissant ce que la justice et l'amour réclament, nous servirons d'une manière très fructueuse, nos intérêts les plus chers.

La sainte Église a si bien compris les motifs que les fidèles avaient d'honorer les Douleurs de Marie, qu'elle a favorisé de tout son pouvoir l'organisation régulière de ce culte et tout ce qui pouvait contribuer à le répandre et à le développer ; c'est ce qui explique comment tous ces trésors ont été prodigués dans ce but pendant le cours des âges.

Également, beaucoup de ceux qui ont été appelés par une vocation spéciale à propager le culte de la sainte Vierge se sont plu à louer et encourager la tendance que le peuple chrétien ressentait pour le culte des Douleurs de Marie. C'est pourquoi, d'une part, nous avons d'un grand nombre de docteurs et d'autres écrivains remarquables les pages les plus pieuses et les plus éloquentes sur la beauté et la grandeur de cette dévotion particulière. D'autre part, les Saints, qui sont nos maîtres pour nous aider à discerner à ce qu'il y a de meilleur, ont pour la plupart, pour ne pas dire tous, éprouvé un attrait irrésistible de dévotion envers les souffrances de Notre Seigneur et les Douleurs de Marie, qui tiennent les unes aux autres par des liens indissolubles.

Il n'est pas étonnant, par suite, que cette dévotion soit regardée comme l'une des plus sérieuses et des mieux fondées en raison.

 

CHAPITRE  IV

HISTOIRE DE LA DÉVOTION À NOTRE-DAME DES DOULEURS

 

C

ette dévotion étant fondée d'une part sur des faits, et d'autre part sur des sentiments naturels à tous les cœurs, a dû commencer sous sa forme la plus simple dès que les faits se sont produits et ont été perçus, compris et sentis par les âmes qui en étaient témoins.

Notre Seigneur et Saint Joseph ont été les premiers à ressentir les Douleurs de Marie et à y compatir, comme Marie elle-même a été la première à leur rendre ce devoir de sympathie et de compassion dans leurs souffrances de toutes sortes.

Saint Jean, dont le cœur était si tendre et si dévoué, a certainement marché dans la même voie. Une tradition très respectable nous rapporte qu'après la mort de la Sainte Vierge, il prenait plaisir à visiter les lieux sanctifiés par la Passion de Jésus et les Douleurs de Marie, comme celle-ci faisait elle-même durant sa vie. Aussi fut-il récompensé de cette compatissante dévotion par une apparition de Notre Seigneur et de sa Mère, dans laquelle, sur la demande de Marie, Jésus lui fit part du contentement qu'il éprouvait de cette dévotion aux Douleurs de sa Mère, et des grâces qu'il voulait bien accorder à tous ceux qui la pratiqueraient.

Les autres apôtres et disciples, les saints et les martyrs des premiers âges de l'Église, sans aucun doute recueillirent ce précieux héritage des Douleurs de Marie, ne les séparant pas de celui de la Passion de Notre Seigneur. Dans les plus anciens monuments de l'archéologie chrétienne, on trouve retracer avec ingénuité les grands mystères de notre foi, et en particulier le Crucifiement de Notre Seigneur avec Marie se tenant debout près de la Croix de son divin Fils, ce qui prouve que dès lors la Mère de Douleurs eut sa part d'hommages et de vénération.

Plus tard, lorsque la voix des docteurs se fit entendre, elle se plut à célébrer toutes les gloires et grandeurs de Marie, parmi lesquelles elle eut bien soin de ne pas oublier ses Douleurs, son martyre.

Au moyen âge, ce culte eut un épanouissement extraordinaire, et dans toutes les nouvelles et merveilleuses cathédrales et églises qu'on construisit à cette époque, les mystères de la Passion de Notre Seigneur et de la Compassion de Notre Dame eurent une place privilégiée, comme expression de l'empire prédominant que ces mystères exerçaient sur les cœurs chrétiens. Cette piété extraordinaire envers les Douleurs de Marie se traduisit par cette prose du Stabat, le chef-d’œuvre de poésie aimante et douloureuse, que les bouches et les cœurs ne se lasseront jamais de dire et de chanter.

Puis, au milieu de cette extension du culte envers la Mère de Douleurs, naquit l'ordre des Servites de Marie, qui contribua beaucoup à introduire parmi les manifestations extérieures de la sainte Religion cette dévotion aux larmes, aux tristesses, aux angoisses de Marie, et qui depuis ne cessa pas de travailler, avec une mission spéciale de l'Église, à la propager partout.

Ensuite, pour répondre aux aspirations populaires, un concile particulier, tenu à Cologne, établit officiellement, en 1423, la première fête des Sept Douleurs de Marie, que bientôt après un certain nombre d'églises s'empressèrent d'adopter.

Enfin la sainte Église romaine compléta ce mouvement en insérant dans la liturgie les deux fêtes des Sept Douleurs de Marie, qui se célèbrent aujourd'hui dans le monde catholique tout entier.

Voilà, en raccourci, l'histoire de ce culte de Notre-Dame des Sept Douleurs, qui, malgré son passé glorieux, doit encore étendre son influence, en pénétrant davantage et le monde des âmes pieuses et les masses chrétiennes.

 

CHAPITRE  V

BUT DE LA DÉVOTION À NOTRE-DAME DES DOULEURS

 

 

D

ans le plan charitable de Dieu, cette dévotion se propose de fournir aux âmes chrétiennes un moyen de les attacher plus intimement à Marie, par Marie à Notre Seigneur Jésus-Christ, et par Notre Seigneur Jésus-Christ à la Très sainte Trinité, fin suprême et source du bonheur infini pour toutes les créatures humaines.

Selon les dessins de Notre Seigneur, cette dévotion répond à un désir de son cœur de Fils ; car, honorant lui-même sa Mère dans ce martyre qu'elle a enduré pendant toute sa vie, Il aime que tous les enfants de Marie soient animés des mêmes dispositions envers elle et n'oublient jamais ce que leur Mère a souffert pour eux.

Un autre but de cette dévotion, que nous ne devons pas oublier, c'est qu'elle tend à nous conduire vers Jésus crucifié, qui doit être l'objet de prédilection du chrétien, et qui cependant est si profondément oublié. En effet, les Douleurs de Marie nous attachent, comme nécessairement, par des liens doux et fort à la Passion de Jésus, dont ses Douleurs ont été le vivant écho et le merveilleux complément ; elles nous amènent d'abord à estimer davantage cette source de tous les biens, cette Passion et cette mort qui nous ont enfanté à la véritable vie ; puis insensiblement elles nous font aimer les mystères de souffrances de ce Maître si plein de générosité, comme ce qu'il y a de plus délicieux au monde, comme l'expression de la plus suave, de la plus entraînante, de la plus inépuisable charité ; et par la même elles nous révèlent le Cœur de Jésus dans toute sa beauté et nous manifestent toutes les splendeurs de son Amour infini.

Cette dévotion est encore destinée à nous faciliter l'accomplissement de tous nos devoirs envers la sainte Vierge, notre Mère, en nous préservant d'un grand défaut, celui de la froideur, dans lequel nous pourrions aussi facilement tomber à son égard. Fixant notre attention sur tout ce que Marie a souffert pour nous, nous ne pouvons qu'en être fortement impressionnés, et par suite, efficacement portés à être plus généreux pour nous acquitter de nos obligations envers elle. Alors, au lieu de lui marchander nos hommages, nous sommes trop heureux de nous en acquitter, et même nous n'avons qu'un attrait : celui de dépasser la mesure qui lui est due, en nous rappelant qu'elle ne s'est pas épargnée pour nous.

D'autre part, si cette dévotion ne nous forçait pas à considérer les Douleurs de Marie et à nous y a arrêter, facilement nous glisserions sur cette pente si douce et si commode qui nous porte à rechercher en tout ce qui nous agrée naturellement et à repousser ce qui nous peine. Puis nous laisserions volontiers dans l'oubli les Douleurs qui renferment nécessairement quelque chose de sombre et d'austère, et nous nous attacherions, par une préférence exclusive, aux mystères simplement joyeux et glorieux de notre Mère, la privant ainsi des hommages réclamés par le mystère de ses Douleurs, qui est certainement en elle le mystère le plus grand par les vertus sublimes qu'elle y a déployées, les mérites immenses qu'elle y a acquis, et les fruits innombrables de grâces qui en ont découlé et pour elle et pour nous.

Cette dévotion à en outre un but éminemment pratique pour nous tous qui devons vivre dans cette vallée de larmes, où les joies et les consolations sont extrêmement rares, et les peines et les souffrances surabondent. Quelquefois ce que nous avons à souffrir prend de telles proportions, que nous en sommes déconcertés et que nous succombons presque sous le faix. Alors le remède suprême et toujours efficace est d’aller contempler les Douleurs de Marie, qui dépassent les nôtres autant que le ciel est au-dessus de la terre, et de faire cette remarque : que ses Douleurs étaient imméritées, tandis que les nôtres ont pour raison une multitude de péchés et de désordres auxquels nous nous laissons aller chaque jour. Après cette comparaison, nous ne pouvons que nous relever plus résignés et plus généreux.

La dévotion aux Douleurs de Marie tend enfin, par sa nature et toutes ses influences, à nous sanctifier très efficacement. Elle atteint ce but par la compassion qu'elle nous inspire envers notre très affligée Mère ; elle nous empêche de succomber au péché, unique cause de toutes les Douleurs de Marie ; elle modère en nous l'horreur de sacrifice, nous le fait accepter plus aisément, et même nous porte à l'aimer, afin d'avoir quelques traits de ressemblance avec notre Mère de Douleurs, dont nous n'oserions pas nous dire les enfants, si nous avions la prétention de passer notre vie dans la joie.

Par ces différents buts, il nous est facile de voir que cette dévotion est une grâce considérable, offerte par la Providence de Notre Seigneur à toutes les âmes qui désirent aimer davantage Marie et Jésus, et peuvent ainsi se sanctifier beaucoup plus parfaitement.

 

CHAPITRE  VI

PRATIQUE DE LA DÉVOTION À NOTRE DAME DES DOULEURS

 

L

a pratique de cette dévotion se compose d'un certain nombre de points les plus saillants, qui, bien observés, forment comme un faisceau de moyens de sanctification très élevés en eux-mêmes et très féconds dans leurs résultats. Nous les rangerons en trois groupes.

La pratique de cette dévotion consiste d'abord avant tout à en posséder l'esprit, où dominent plusieurs sentiments dont voici les principaux :
1° un profond sentiment de compassion pour les Douleurs de Marie, qui pénétrant notre cœur, lui fait éprouver une peine véritable de tout ce que Marie a souffert ; [ça se demande].
2° de vils sentiments d'horreur pour le péché en général et pour nos péchés en particulier, comme ayant été l'unique cause des tourments et des Douleurs de notre Sainte Mère ; [ça se demande aussi].
3° un désir sincère et une prière ardente, accompagnés du zèle qui s'exerce par tous les moyens à sa disposition, pour que tous les chrétiens, enfants de Marie, éprouvent ces deux sentiments et puisent une grande générosité pour fuir le mal et s'attacher au bien.

Quiconque possède cet esprit peut croire qu'il possède ce qu'il il y a de meilleur dans la pratique de la dévotion à Notre Dame des Douleurs.

De plus, la pratique de cette dévotion comporte l'emploi de tous les moyens et exercices qui peuvent nous communiquer cet esprit, et principalement l'exercice de la méditation ou oraison.

Les moyens et exercices spéciaux qui doivent nous servir à pratiquer cette dévotion se trouvent décrits plus loin ; aussi nous nous contentons de les annoncer maintenant ; ce sont surtout, parmi les moyens généraux :
(...)
— La récitation de la Couronne des sept Douleurs de Marie ;
— la pratique de la Via Matris ;
— l'heure de Marie désolée ;
— la sanctification du troisième dimanche du mois en l'honneur de Notre Dame des sept Douleurs ;
— et d'autres exercices ou prières destinés à honorer la Mère de Douleurs.

Nous avons dit que la pratique de cette dévotion comprenait principalement la méditation ou oraison ; et en effet, c'est là le grand moyen, le moyen par excellence pour sentir jusqu'au vif les Douleurs de notre Mère. Nul autre exercice n’a la puissance de celui-là, et même c'est lui qui communique à tous les autres la force et l'énergie qu'ils peuvent avoir pour imprimer en nos âmes une vraie douleur en contemplant le martyre de Marie. C'est dans l'oraison que l'esprit s'éclaire et se convainc, et que le cœur s'échauffe et s'enflamme ; aussi, dans la mesure où le permettent les circonstances au milieu desquelles nous vivons, c'est le moyen qui doit être préféré à tous les autres.

La pratique de la dévotion à Notre Dame des sept Douleurs a son achèvement dans un zèle ardent et une activité infatigable pour faire connaître aux autres, à tout le monde, s'il est possible, cette sainte salutaire dévotion, qui plaît tant à Jésus et à Marie, et qui est pour les âmes chrétiennes une source inépuisable de grâces et un gage assuré de sanctification et de salut éternel. Tous ceux qui connaissent et aiment Notre Dame des Douleurs ne peuvent donc se dispenser de devenir ses apôtres, prêts à tout pour la faire aimer comme elle mérite de l'être.

Quiconque observera fidèlement ce qui est dit ici, peut être certain de retirer de la dévotion à Notre Dame des Douleurs tous les fruits qui s'y trouvent renfermés.

 

CHAPITRE  VII

FRUITS DE LA DÉVOTION À NOTRE DAME DES DOULEURS

 

 

L

a pratique bien comprise et vraiment généreuse de la dévotion à Notre Dame des Douleurs donne naissance à des fruits spirituels de sanctification et de salut réellement immenses. Nous rapporterons les principaux.

La dévotion aux Douleurs de Marie est tout ce qu'il y a de plus agréable à Notre Seigneur lui-même, et par conséquent nous le rend extrêmement favorable : « les larmes versées sur les Douleurs de ma Mère sont plus précieuses à mes yeux que les larmes versées au souvenir de ma propre Passion » dit-il un jour à la bienheureuse Véronique de Binasco.

Cette dévotion possède en sa faveur les promesses les plus consolantes faites par Notre Seigneur à sa sainte Mère. Voici dans quelles circonstances ces promesses furent faites. Quelques années après la mort de Marie, saint Jean l'Évangéliste pleurait encore sa perte et soupirait après le jour où il verrait de nouveau son maternel visage. Les Douleurs de Marie et ses fréquentes visites aux lieux sanctifiés par la Passion de son Fils étaient, cela se comprend, un sujet constant de pieuse contemplation pour lui qui avait veillé sur les quinze dernières années de la vie de la sainte Vierge. Alors il plut à Notre Seigneur d'apparaître à saint Jean ; il était accompagné de sa Mère.

Dans cette vision, l'apôtre bien aimé entendit la sainte Vierge prier Notre Seigneur d'accorder quelques faveurs spéciales à ceux qui garderaient le souvenir de ses Douleurs. Alors Notre Seigneur répondit qu'il accorderait quatre grâces particulières à tous ceux qui pratiqueraient cette dévotion :
1° la première était la contrition parfaite de tous leurs péchés à la fin de leur vie.
2° la seconde était une protection particulière à l'heure de la mort.
3° la troisième était d'avoir les mystères de la Passion fortement imprimés dans l'âme.
4° la quatrième était un pouvoir tout particulier d'impétration attaché aux prières de Marie en leur faveur.

Cette dévotion est donc accompagnée d'un fruit pratique qui ne varie jamais : c'est une dévotion profonde, tendre, délicate, minutieuse et pleine de révérence envers la Passion de Notre Seigneur. De plus, dit le Père Faber, elle a une liaison remarquable avec une grande sainteté intérieure. Elle nous retire naturellement du monde, en nous faisant vivre et respirer dans une atmosphère de douleur [pénitence]. Elle met en relief la vanité des joies mondaines. Elle calme nos pensées et les tient auprès de Jésus et de Jésus crucifié. Elle communique à nos âmes l'esprit de la Croix ; et le don enviable de l'amour de la souffrance [pour le salut des âmes en union avec la Passion de NS]. Très souvent commence dans une familiarité de prière avec les Douleurs de notre bienheureuse Mère. Plus que la plupart des autres dévotions, elle tend à sur naturaliser notre esprit, parce qu'il nous tient dans une sphère de beauté céleste dont l'aspect le parfum s'étendent graduellement sur nous.

Enfin cette dévotion est rangée par les théologiens parmi les signes de prédestination. Carthagène s'exprimait à ce sujet de la manière suivante : « quelqu'un peut regarder comme le signe le plus assuré de prédestination le fait qu'il a eu de la compassion pour cette très affligée Mère. »

Outre ces promesses et fruits spirituels de toutes sortes, la sainte Église a accordé de riches indulgences à de nombreuses pratiques en l'honneur de Notre Dame des Douleurs, afin d'augmenter encore les avantages du bénéfice spirituel de cette chère dévotion.

On voit donc qu'ils sont innombrables les fruits, grâces, faveurs qui ont été et qui peuvent être encore obtenus par une vraie dévotion à la Mère de Douleur.

 

CHAPITRE  VIII

EXCELLENCE DE LA DÉVOTION À NOTRE DAME DES DOULEURS

 

 

P

ar suite de tout ce que nous avons dit, il serait difficile de concevoir une dévotion envers Marie plus excellente que la dévotion à ses Douleurs.

Elle jaillit des entrailles mêmes de la divine Passion de Notre Seigneur, comme un lis empourpré dont les parfums embaument tout alentour et les charmes ravissent les regards. Telle est sa première origine.

Son objet, après les souffrances de notre divin Sauveur, est tout ce qui doit être le plus cher à des cœurs chrétiens, qui ne saurait oublier au prix de quelles Douleurs et de quelles angoisses Marie est devenue leur mère, et a coopéré à la Rédemption qui les a sauvés.

Cette dévotion repose sur les fondements les plus indiscutables ; ce qu'il y a de meilleures dans notre nature, la piété filiale, en est la base première ; l'Église, les Docteurs, les Saints, tout ce qu'il y a de plus éclairé et de plus vertueux en ce monde la garantit comme le produit le plus pur de la grâce et de la foi.

En recherchant son histoire, nous voyons qu'elle commence au berceau de notre sainte religion, qu'elle se pratique d'abord sous une forme simple et non organisée, dans l'entourage auguste de la sainte Vierge elle-même, et qu'après la mort de Marie, elle se perpétue dans l'enseignement, le culte, jusqu'à ce que la sainte Église l'adopte officiellement en sanctionnant un Ordre qui se propose de la pratiquer et de la propager d'une manière toute spéciale, et des fêtes destinées à y appliquer l'esprit et le cœur de tous les fidèles.

Son but est tout ce qu'il y a de plus grand, de plus élevé, de plus salutaire, de plus sanctifiant : c'est unir les âmes chrétiennes plus étroitement à Jésus et à Marie, et de leur fournir, par la Passion de Jésus et les Douleurs de Marie, une source abondante de grâces, surtout pour imiter, dans les maux de cette vie, la patience et la résignation de Jésus crucifié et de Marie, Mère de Douleurs.

Ce qu'il y a de plus beau et de plus délicat comme sentiment est l'âme de sa pratique : elle consiste, en effet, à compatir spontanément et généreusement aux Douleurs d'une Mère bien-aimée, à tout faire pour mieux se pénétrer de ces devoirs et les mieux remplir, à s'efforcer de tarir de plus en plus la source de ces Douleurs qui est le péché, à travailler à ce que tous les chrétiens fassent de même au moyen d'une propagande active et soutenue par amour.

Les fruits spirituels, composés des promesses de Notre Seigneur, des grâces recueillies dans la pratique de cette dévotion et des indulgences accordées par la sainte Église, sont très abondants, très précieux, très parfaits ; il est difficile de les énumérer tous, on peut les résumer en disant qu'ils concourent à procurer une très sainte vie et une très sainte mort. Il est difficile de dire plus. Qui maintenant pourrait n'être pas édifié sur l'excellence de cette dévotion envers la Très Sainte et très douce Mère de Douleurs ?

 

 

 

 

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