Dévotion des Sept Vendredis

En l’honneur de
Notre-Dame des Douleurs

 

 

Extrait de :
« Couronne ou chapelet en l’honneur des sept Douleurs de la Très Sainte Vierge Marie », auteur non indiqué, Paris, chez Pelagaud et Lesne, 1841.
(Mis à la disposition par Google Livres)

 

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Exercices de piété pour les sept Vendredis qui précèdent la fête de la Compassion de la très sainte Vierge, commençant au premier vendredi de la Septuagésime jusqu’au vendredi de la quatrième semaine de carême (ou à tout autre époque de l’année)

 

PREMIER VENDREDI

Méditation sur la prophétie du vieillard Siméon

Pour le vendredi de la semaine de la Septuagésime

 

Le glaive percera votre âme

C

onsidérons de quelle douleur fût navrée l'âme de Marie, lorsqu'en présentant le Sauveur des hommes au temple, le vieillard Siméon lui adressa ces paroles : "Celui-ci est né pour la ruine et la résurrection de plusieurs en Israël". Il sera en butte à la contradiction du monde, vous en aurez vous-même l'âme percée de douleur. Ne croyez pas, ô Marie, que votre Fils adorable, le Sauveur du genre humain, soit connu et adoré de tous les mortels ; un grand nombre seront sauvés par le bon usage qu'ils feront de ses mérites infinis, et la sainte application qu’ils se feront de son Sang précieux, versé pour le salut de leur âme ; mais un plus grand nombre seront réprouvés par l’abus et le mauvais usage qu'ils feront de ses grâces, soit en refusant de le reconnaître pour le Créateur et le Conservateur de toutes choses ; soit en le méprisant et le condamnant à la mort honteuse de la Croix, comme les juifs ; soit en l’outrageant, et lui causant comme une nouvelle mort par le péché mortel, où le grand nombre ne craint plus guère de tomber. Et vous, ô Marie, ma Protectrice, selon la prédiction du vieillard Siméon, vous deviez être témoin des opprobres et de la mort de votre Fils bien-aimé, et ressentir dans votre âme toutes les Douleurs de sa Passion. Ah ! Dans quel océan de douleurs ne jeta pas l'âme de Marie cette prédiction, qui lui annonçait non seulement la ruine du peuple hébreu et la mort de son Fils adorable, mais encore la perte d'un nombre infini d'âmes seront réprouvées par l’abus qu'elles feront des grâces que son divin Fils était venu leur procurer par sa mort et sa Passion !

Ô Marie, Reine du ciel et de la terre, puisque j’ai eu le malheur de plonger si souvent ce glaive de douleur dans votre âme par mes offenses, daignez, ô ma Mère, obtenir de Dieu une contrition sincère et véritable de mes fautes, et une compassion affectueuse pour vos Douleurs ; obtenez-moi surtout une tendre dévotion envers la Passion de votre Fils adorable et la grâce d'imiter ses vertus.

Prière

Ô Mère de miséricorde ! Vous qui eûtes toujours présent à votre esprit la mort de votre Fils, faites que je n'en oublie jamais le souvenir ; et que la méditation de ses souffrances me fasse réformer toutes mes actions, et opère, avec le secours de sa grâce, une véritable conversion dans mon cœur.

Fruits de la Méditation

La Très sainte Vierge, en donnant à Dieu son Fils comme ce qu'elle avait de plus précieux ; en lui faisant, par cette offrande le sacrifice le plus douloureux, et en ayant toujours présentes la mort et la Passion de ce cher Fils, nous apprend à donner à Dieu tout ce que nous avons de plus aimable et de plus cher, mais surtout notre cœur ; à nous soumettre en tout à la volonté de Dieu, sans jamais nous plaindre dans nos adversités, et à nous rendre familier le souvenir des souffrances de son Fils, afin de ne plus retomber dans le péché.

Souvenir salutaire, désormais présent à mon esprit, vous remplirez mon cœur d'amour pour Jésus, et d'horreur pour le péché ; je renonce pour toujours aux funestes passions qui m'ont fait oublier ses souffrances, et j'accepte avec résignation les peines de cette vie pour expier mon ingratitude et partager ses Douleurs.

 

 

SECOND VENDREDI

Méditation sur la fuite en Égypte

Pour le Vendredi de la semaine de la Sexagésime

 

C

onsidérons de quelle douleur fut déchiré le Cœur de la sainte Vierge lorsqu'elle se vit obligée de fuir en Égypte avec son Fils et Joseph, pendant l'hiver, au milieu de la nuit, à la hâte, n'ayant pour ce long et pénible voyage, ni guide qui la conduise, ni parents qui l'assistent, ni amis qui puissent la consoler ; manquant de tout, souffrant le froid, la faim, les horreurs de l'indigence ; exposée aux mépris, aux rebuts, à toutes sortes de danger et de peines. Elle porta dans ses bras son cher Enfant qu'elle allaite encore, n'ayant pour le couvrir que de pauvres langes ; comment le préserver du froid ? Comment échapper aux recherches d'Hérode qui veut le faire mourir ? De quel côté doit-elle aller ? Où se retirer pendant la nuit ? Où pouvoir se cacher ? Où trouver de la nourriture ? Ô tendre Mère ! Quelle douleur, quelle amertume inondent votre âme livrée aux angoisses cruelles de la frayeur et environnée des périls de la mort ! Ô cruauté, ô inhumanité d'Hérode !

Mais nous, hélas ! Sommes-nous moins cruels ?...

Si Hérode a percé de douleur une seule fois votre Cœur, ô Marie ne l'avons-nous pas blessé mille et mille fois par nos péchés ? Si Hérode a forcé votre Fils à fuir une seule fois, ne l'avons-nous pas chassé à chaque instant de nos âmes en satisfaisant nos passions ? Si Hérode a persécuté Jésus qu'il ne connaissait pas, nous qui le reconnaissons pour notre Créateur, notre Dieu, notre Rédempteur et Bienfaiteur Suprême, de combien d'injures, d'outrages et de mépris payons-nous chaque jour les grâces dont Il nous comble, en foulant aux pieds ses mérites et son Sang par nos offenses !

Ô Mère de douleur et d'amour ! Obtenez-moi la contrition sincère de mes péchés, un ardent amour pour votre Fils, et une tendre compassion pour Ses souffrances et vos Douleurs que je veux partager.

Prière

Ô Vierge, Mère de Dieu ! Me voici prosternée à vos pieds comme la plus ingrate et la plus infidèle créature, vous priant, par la Douleur que vous avez ressentie dans votre fuite en Égypte, de m'obtenir la grâce d'abandonner sans retard les sentiers dangereux de ce monde pervers, et de marcher avec ferveur et persévérance dans la voie du Salut.

Le fruit de la Méditation

Si le désir de régner porta Hérode à persécuter Jésus, par la crainte que cet Enfant ne le dépouilla de son royaume, ayons horreur de l'orgueil, et débarrassons  notre âme de cette funeste passion.

La sainte Vierge, en écoutant avec soumission l'ordre que Dieu lui donne, par son Ange, de fuir en Égypte, quittant tout sans délai pour s'y conformer, nous apprend à obéir promptement à la voix de Dieu, et à renoncer pour lui au monde, au péché, et à tout ce que nous avons de plus cher, mettant notre unique bonheur en Dieu seul.

Ô Jésus, mon divin Maître ! Dès ce moment je renonce à tous les péchés qui vous ont éloigné de moi : revenez dans mon cœur où je veux qu'une parfaite obéissance vous fasse régner à jamais sans partage.

 

 

TROISIÈME VENDREDI

Méditation sur la perte de Jésus dans le Temple

Pour le Vendredi après les Cendres

 

C

onsidérons quel fut la douleur de la sainte Vierge, lorsqu'étant sortie du temple et de la ville de Jérusalem, elle vit à la fin du jour que son Fils n'était plus avec elle ; combien furent amères les larmes que répandit cette Mère affligée ! Séparation cruelle ! N'être plus avec Jésus ! Avoir perdu Jésus ! Oh ! Qui pourrait comprendre ses Douleurs !... Aussitôt, oubliant jusqu'à sa nourriture et son sommeil, elle retourne sur ses pas avec Joseph et cherche son Fils avec soin parmi ses amis et ses proches. Il n'est personne, jusqu'aux étrangers, qu'elle n'interroge pour le recouvrer ; pas de lieu qu'elle ne parcoure. Que de gémissements, que de larmes pendant trois jours et trois nuits qu'elle passe ainsi sans pouvoir le trouver ! Que de soupirs, que de regrets sur cette cruelle séparation ! Jésus est loin d'elle; ses parents, ses amis l'ont abandonnée ; elle est seule au milieu de Jérusalem avec Joseph, épuisé de fatigues ; son âme, déchirée par les craintes les plus cruelles, est inondée d'amertume, parce qu'elle a perdu son Fils ; et ce n'est pas cependant par sa faute. Et moi qui l'ai si souvent et si volontairement perdu par le péché, je suis insensible et ne fait aucun effort pour Le chercher.

Ô Mère inconsolable ! Par les larmes que vous avez versées en cherchant votre adorable Fils, amollissez la dureté de mon cœur, afin que mon bonheur soit de partager vos pieuses peines, en ne cessant de pleurer mes péchés, jusqu'à ce que j'ai trouvé cet aimable Sauveur.

Prière

Ô Très sainte Vierge, qui êtes le refuge et l'asile des pécheurs, ne permettez pas que je sois plus longtemps séparé de votre Fils par mes péchés : je me jette à vos pieds en gémissant, pour demander le don des larmes et la componction ; écoutez ma voix, exaucez mes prières, rendez-vous propice à mes vœux.

Fruit de la Méditation

Aussitôt que Marie a perdu son Fils, sa douleur est extrême, elle le cherche avec empressement, elle oublie tout, et les difficultés ne peuvent arrêter son ardeur. Imitons la par notre promptitude à chercher Jésus, sans nous laisser effrayer par les travaux de la pénitence ; quittons tout pour Le suivre en renonçant à nos passions, et demandons, par l'intercession de la sainte Vierge, la haine du péché et les larmes amères d'une véritable componction.

Ô vraie vie ! ô source de tous les biens ! Je veux pleurer jusqu'à la mort les péchés qui m'ont séparé de vous, et vous cherchez avec le même empressement que Marie, sans me laisser rebuter par les peines et les travaux de la pénitence que je vais embrasser.

 

 

QUATRIÈME VENDREDI

Méditation sur la rencontre de Jésus portant sa Croix

Pour le vendredi de la première semaine de Carême

 

C

e bon Jésus condamné à la mort par Pilate, et déchiré par une cruelle flagellation, monte au Calvaire, chargé d'une pesante Croix, sur laquelle il va bientôt expirer. Sa très sainte Mère le rencontre, et voyant son divin Fils ainsi accablé sous l'instrument de son supplice, de quelle douleur ne fut-elle pas remplie ! Qui pourrait comprendre combien fut déchirant le glaive qui perça son âme !... De voir son cher Fils, l'innocence même, lié de cordes et traîné au supplice par des bourreaux, comme un scélérat ; son aimable Fils, l'unique objet de toutes ses affections, déchiré de coups, épuisé de sueur et de sang, succombant à chaque pas sous la Croix, allant à la mort, le front déchiré par une couronne d'épines qui le percent de toutes parts ; le plus beau des enfants des hommes, dont l'auguste Face ravit les Esprits célestes, pâle, meurtri de soufflets, couvert de crachats, de sueur et de sang, rendu méconnaissable ! Quel cruel spectacle !... Quelle douleur pour la Mère et pour le Fils ! Ô Marie ! Si du moins vous pouviez le soulager, porter sa Croix, essuyez son visage, lui donner un baiser !... Mais le peuple insultant à ses souffrances et à vos Douleurs, vous repousse avec inhumanité, et force Jésus à continuer son pénible voyage. Vos yeux peuvent seuls parler à votre Fils, et les regards qu'il porte sur vous déchirent cruellement votre âme.

Et nous, hommes insensibles, nous qui avons accablé d'une telle douleur et le Fils et la Mère par nos péchés, ne serons-nous pas touchés en voyant le Cœur de la sainte Vierge abîmé de Douleurs à la vue de son Fils condamné pour nous à la mort, et réduit dans un état si digne de pitié ? Ne pourrons-nous tirer une seule larme de componction de la dureté de nos cœurs, en voyant conduire au Calvaire cette innocente victime, accablée sous le poids de nos iniquités, et vouée à la malédiction et à la colère que nous avons méritée ?

Frappez, ô Vierge sainte ! Mon cœur plus dur qu'un rocher, et faite qu'en méditant les souffrances que votre Fils a endurées pour mes péchés, je répande jour et nuit des larmes amères de repentir, et que je partage vos Douleurs en l'accompagnant avec vous au Calvaire.

Prière

Ô Très sainte Vierge ! Par les larmes que vous répandîtes en accompagnant votre Fils au Calvaire, obtenez-nous la grâce de porter avec patience et avec amour la croix qu'il plaira à votre Fils de nous donner pour sanctifier nos âmes, afin de chanter éternellement avec vous la gloire d'un Dieu mort pour nous, après avoir ici-bas partagé ses souffrances.

Fruits de la Méditation

La sainte Vierge, sans blâmer ceux qui ont prononcé la sentence injuste qui condamna à la mort son Fils innocent, et sans se plaindre de ceux qui en sont les exécuteurs, suit en silence Jésus au Calvaire, où elle demeure jusqu'à la consommation de l'horrible attentat qui consomme son Sacrifice. Apprenons par son exemple à supporter en silence, dans une parfaite résignation à la Volonté de Dieu, les croix et les tribulations sans nous plaindre de ceux dont sa justice se sert pour nous punir de nos péchés, souffrant tout pour les expier et apaiser sa justice irritée par nos crimes.

Ô bon Jésus, accablé sous le poids de mes iniquités, je veux désormais, pour vous soulager, porter ma croix après Vous, en souffrant avec résignation les peines de cette vie ; je partagerai vos Douleurs et vos ignominies pour expier mes crimes, et fuyant le péché, je n'augmenterai plus le poids sous lequel Vous succombez.

 

 

CINQUIÈME VENDREDI

Méditation sur le Crucifiement de Jésus

Pour le Vendredi de la seconde semaine de Carême

 

J

ésus, arrivé sur le Calvaire, pour accomplir la loi qui prescrivait de brûler hors du camp les victimes, s'abandonne entre les mains de ses ennemis, qui semblables à des lions furieux, se jettent sur lui comme sur leur proie pour le dépouiller de nouveau, tirant avec violence ses vêtements que le sang tient collé à sa chair adorable : ils renouvellent en un instant toutes ses plaies et lui font éprouver à la fois toutes les Douleurs de sa flagellation. Ô Cœur de Marie ! Ces mains barbares ne vous déchirent-t-elles pas aussi douloureusement que le corps de votre Fils ? Lorsque étendu violemment sur la Croix, il fut attaché, ne ressentîtes-vous pas les déchirements cruels des clous dont furent percés ses pieds et ses mains, ainsi que les secousses plus douloureuses encore qui firent ruisseler le sang de toutes les parties de son corps, lorsqu'on éleva la Croix à laquelle il était suspendu par trois clous, pour le laisser tomber dans le trou qui lui était préparé ? La seule idée de ce supplice me fait frémir et m'épouvante... Mourir sur la Croix, c'est mourir d'une mort lente, c'est mourir autant de fois qu'on y est de moments ; Et Jésus y demeure trois heures entières ! Et sa Mère, témoin de sa cruelle agonie, lui survit, pour le voir expirer, abreuvé de fiel, insulté, maudit, blasphémé par ses ennemis, qui se repaissent de ses souffrances et insultes à son supplice !

Ô Marie, Reine des Martyrs ! C'est bien à cette peur que nous pouvons dire de vous avec le prophète : « Ô vous tous qui passez par ce chemin, arrêtez et voyez s'il est une douleur semblable à la mienne ? » Telle est la douleur de Marie, au pied de la Croix de Jésus, et mon cœur le voit mourir ce divin Sauveur, sans être touché, sans être attendri ! Et je suis insensible aux souffrances qu’il endure pour expier mes crimes ; moi qui l'ai si souvent attaché à la Croix par mes offenses et mes péchés !

Tendre Mère, faites que restant au pied de la Croix avec vous, je partage vos Douleurs, et que pleurant sans cesse mes péchés, j'en obtienne le pardon.

Prière

Ô Vierge sainte, par cette inconcevable Douleur que vous ressentîtes au pied de la Croix, daignez obtenir que mes passions soient crucifiées avec Jésus-Christ, afin  que ce corps de péché mourant chaque jour par une mortification continuelle, je puisse, avec le secours de votre protection et les mérites de votre cher Fils, avoir le bonheur de faire une bonne et sainte mort.

Fruit de la Méditation

Marie, présente au supplice et à la mort ignominieuse de son Fils unique expirant pour nous sauver, est abîmée de Douleurs, et ressent dans son âme ses tourments. Quel reproche pour nous qui rougissons de la Croix sur laquelle Jésus nous a enfanté, et qui, vivant dans la mollesse et le plaisir ne voulons prendre aucune part à ses souffrances ! Nous nous glorifions d'être enfants de Marie, mais où sont nos traits de ressemblance avec cette tendre Mère ? Où sont nos bonnes œuvres, notre amour pour la Croix et les humiliations ?...Ah ! Du moins, efforçons-nous de réparer, à l'avenir, ce qui nous a manqué jusqu'ici, passant désormais notre vie dans un exercice continuel de mortification et de pénitence ; c'est alors que nous pourrons être reconnus pour enfants de Jésus et de Marie.

Ô Jésus ! Je veux mourir avec vous mille fois plutôt que de renouveler vos Douleurs ; je veux rester avec Marie au pied de la Croix, et y être attaché avec vous jusqu'à la mort.

 

 

SIXIÈME VENDREDI

La Descente de la Croix

Pour le Vendredi de la troisième semaine de Carême

 

C

onsidérons combien dut être profonde et violente la Douleur de la sainte Vierge, lorsque voyant son Fils détaché de la Croix par Joseph et Nicodème, elle reçut entre ses bras ce divin Corps déchiré et sanglant : aussi, dit un ange à sainte Brigitte, ce fut un vrai miracle que cette Mère incomparable ne mourut pas de douleurs en ce moment. Ô Mère la plus affligée qui fut jamais, vous avez reçu entre vos bras ce précieux dépôt, vous avez contemplé son visage pâle, sanglant et défiguré ; vous avez vu ses yeux éteints, sa bouche fermée, son côté ouvert, ses pieds et ses mains percées par les clous ! Bon Dieu, quel martyre est pour cette vue ! Martyre ineffable, martyre dont Dieu seul est témoin, et peut seul connaître le prix ! Combien fut grande aussi la compassion de Saint-Jean et des deux Maries qui étaient auprès de la Vierge en ce moment, voyant ses déchirantes douleurs, et les transports de son amour pour son divin Fils ! À ce spectacle cruel, ils mêlent leurs larmes à celle de la Mère de Dieu, et ne trouvent plus de paroles capables d'exprimer leur douleur.

Et nous, que ferons-nous ? Quelles seront nos sentiments à cet aspect, nous qui sommes la première et unique cause de ses Douleurs.

Oui, ce sont nos péchés qui ont transpercé l'âme sainte de la Vierge, en attachant Jésus-Christ à la Croix.

Ne pleurerons-nous pas aussi en considérant la grandeur de ces maux ? Ô Vierge sainte ! Notre tendre Mère, daignez imprimer tellement dans nos âmes les Douleurs que vous ressentîtes au pied de la Croix, que nous n'en perdions jamais le souvenir ! Permettez que nous adorions dans vos bras notre amour crucifié.

Prière

Ô Vierge affligée, obtenez-nous, par vos inconcevables Douleurs, la grâce de détester sincèrement nos péchés, en contemplant les plaies de votre Fils, afin qu'au moyen d'une sincère pénitence, le prix de ses mérites nous étant appliqué, nous puissions, au dernier jour de notre vie, recevoir dignement son corps adorable, et jouir éternellement de sa présence dans le Ciel.

Fruit de la Méditation

La sainte Vierge considérait, dans les plaies de son cher Fils, les véritables auteurs de ces maux, c'est-à-dire tous les pécheurs, et principalement les chrétiens que son Fils avait tant aimés. Nous étions donc alors présents à son esprit, comme la cause de ses Douleurs. Ah ! Pénétrons-nous de cette pensée ; fuyons le péché, et plein de repentir, de douleur, de larmes et de gémissements, hâtons-nous de marcher dans le chemin de la pénitence que le Seigneur nous ouvre aujourd'hui, pour arriver à une félicité que nous avons si peu méritée. Hâtons-nous d'avancer dans le chemin des bonnes œuvres, pendant que le jour de la Miséricorde luit encore pour nous ; par ce moyen nous pourrons donner au Cœur de Marie un soulagement assuré dans ses maux, et acquérir plus facilement une bienheureuse éternité.

Ô Jésus, victime d'amour ! C'est dans vos plaies sacrées que je veux méditer désormais quelle est mon ingratitude et l'énormité du péché, afin que, lavé dans votre sang par une bonne confession, je puisse fréquemment pour recevoir dans un cœur plein de repentir et d'amour, en m'asseyant à votre table sacrée, pénétré des sentiments avec lesquels votre sainte Mère vous reçut dans ses bras après votre mort.

 

 

SEPTIÈME VENDREDI

Méditation sur la Sépulture de Jésus

Pour le Vendredi de la quatrième semaine de Carême

 

C

onsidérons l'affliction qui s'empara du Cœur de Marie quand elle vit porter et mettre dans le tombeau le Corps sacré de son Fils bien-aimé. Combien d'embrassement ne lui donna-t-elle pas ! Combien de soupirs et de sanglots ne poussa-t-elle pas, en voyant rangé dans la demeure des morts le Divin Corps de Jésus ! Ah ! dit saint Bernard, combien furent amères les larmes de cette admirable Vierge, qui lui servirent de nourriture, de sommeil et de repos pendant les trois jours que son Fils passa dans le tombeau ! Elle ne cessa de pleurer, et sans recevoir aucun soulagement. Cette affliction fut si profonde, que, dans les révélations qu'elle fit  à sainte Brigitte, elle lui dit elle-même : « qu'on ne peut trouver aucun langage ni aucune expression capable de faire connaître la profondeur de cette peine. » Mais si nous ne pouvons, ô Vierge sainte, comprendre la violence de votre Douleur, au moins pouvons-nous la partager et l’adoucir. Je vous conjure donc d'exciter dans mon cœur une sainte tristesse semblable à la vôtre, afin que, mêlant mes larmes aux vôtres, mon âme purifiée de toutes les souillures du péché puisse jouir avec Vous de l'éternelle Gloire lorsque mon corps sera porté au tombeau.

Prière

Très sainte Vierge par cette douleur véhémente que vous ressentîtes lorsqu'il fallut vous arracher du tombeau de votre Fils adorable, nous vous supplions de nous obtenir le pardon de nos péchés, et de nous purifier de toute nos tâches Ensevelissez dans ce même tombeau toutes nos iniquités, afin que, mourant à nos passions et à toutes les choses d'ici-bas, nous méritions de vivre et de mourir dans la grâce du Seigneur.

Fruits de la méditation

La sainte Vierge, après la mort de son divin Fils, ne laisse pas échapper une occasion de témoigner à tous l'excès de sa douleur et la privation de celui qui était sa seule consolation, son unique amour. Et quel est, hélas, notre amour pour Dieu ? Quelle preuve, lui en avons-nous donné jusqu'ici ? Pouvons nous lui témoigner que la fin unique de nos pensées, de nos désirs, de nos actions, est de glorifier celui qui nous a tirés du néant, d'aimer celui qui est pour nous la source inépuisable de tous les vrais biens, de servir celui qui donne pour récompense un royaume éternellement heureux ? Entretenons-nous dans ces saintes pensées, et tachons de réformer notre vie, en cherchant Dieu seul dans toutes nos actions et toutes nos affections. C'est en vivant de la sorte que nous le glorifierons, et que nous en serons glorifiés. Ainsi soit-il.

Ô Sauveur adorable ! Puisque c'est pour me donner la vie que vous êtes dans le tombeau, je veux y descendre avec vous, par un parfait renoncement au péché et à toutes mes passions ; afin que, revêtu dans vos sacrements de l'homme nouveau, vous soyez désormais l'âme de mon âme, la vie de ma vie, et qu’au dernier jour je partage avec vous la bienheureuse éternité, après avoir ici-bas mérité l'application de vos souffrances, en les partageant et fuyant les péchés que je veux expier par une sincère pénitence.

 

 

 

 

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