Méditation

pour le
Vendredi Saint

Marie, Reine des Martyrs

 

 

Extrait de :
« Couronne ou chapelet en l’honneur des sept Douleurs de la Très Sainte Vierge Marie », auteur non indiqué, Paris, chez Pelagaud et Lesne, 1841.
(Mis à la disposition par Google Livres)

 

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Premier point.
Second point.
Fruit de la méditation.

Prière.

 

 

 

 

Premier point

 

L

es sacrifices les plus sanglants ne sont pas toujours les plus rigoureux ni les plus pénibles ; il en est de plus durs à soutenir : ce sont ceux dont le cœur est le siège et la victime. Marie, Reine des Martyrs, n'a pas souffert les supplices corporels, il est vrai ; mais elle a souffert ceux du cœur, qui sont beaucoup plus nobles et plus sensibles ; et ce martyre du cœur à briller en elle, dit saint Bernard, avec un éclat surprenant. Le moment auquel Marie commença à rentrer dans la carrière des plus rigoureuses souffrances, fut celui où présentant Jésus-Christ au temple, elle entendit le vieillard Siméon lui révéler le mystère effrayant du Salut et de la réprobation des hommes, et lui annoncer que son âme serait percée d'un glaive de Douleurs à cause des souffrances de ce divin Fils, qu'elle verrait en butte à la haine et aux persécutions des méchants. Considérons qu'à cette prédiction si affligeante, la grande âme de Marie fut pénétrée de la douleur la plus vive et la plus cruelle qui fut jamais ; son sein maternel, dit saint Bernard, fut ému ; ce glaive déchirant commença à se faire sentir et à percer son âme, son Cœur en ressentit les plus douloureuses atteintes, et son tourment fut extrême. Son imagination, frappée de cet oracle, la transporta mille fois sur le Calvaire, pour la rendre présente au supplice de son Fils, dont la mort avait été déjà décrétée dans le Ciel. Hélas, en admirant toutes les beautés que la Divinité faisait briller dans cette aimable Enfant, combien de fois Marie n'imagina-t-elle pas voir déjà son corps tendre et délicat exposé nu à la fureur de ses bourreaux, tout couvert de plaies et de sang par la cruelle flagellation, et sa chair sacrée mise en lambeaux sous leurs coups redoublés !... En contemplant les traits merveilleux de son Fils bien-aimé, combien de fois ne crut-elle pas voir déjà  son front sacré percé de longues et puis le, ruisseler par mille plaies son sang précieux sur ses joues défigurées par des soufflets dont elles sont meurtries ; et le plus beau des enfants des hommes, insulté par la plus vile populace, devenir méconnaissable à force de mauvais traitements !... En nourrissant Jésus de son lait virginal, combien de fois Marie ne songea-t-elle pas au fiel et au vinaigre dont il devait être abreuvé ! Et en portant entre ses bras ce tendre objet de son amour, combien de fois ne crut-elle pas le voir déjà porté sur les bras de la Croix, exposé aux railleries de ses ennemis dont les blasphèmes semblent retentir à ses oreilles avec les coups meurtriers qui devaient enfoncer les clous déchirant dans ses pieds et dans ses mains !... En le voyant reposer d'un doux sommeil, combien de fois ne s'imagina-t-elle pas déjà en être privée et le voir reposer dans le tombeau du triste sommeil de la mort !... Ah combien de fois, au souvenir de cette affligeante prophétie, cette tendre mère n'a-t-elle pas dit (comme le remarque saint Bonaventure) : « il faudra donc que cette douleur déchirante qui perce mon âme, soit continuelle ! Il faudra donc que les souffrances ne finissent et ne soient couronnées qu'au moment de mon trépas, et que mon cœur soit plongé dans une mer de douleur ! ».

Ô Vierge ! Mère souffrante, combien de blessures n'ont pas faites à votre âme ces images effrayantes ; et qu'a bien juste titre l'Église vous appelle Reine des Martyrs ! Combien votre exemple doit nous couvrir de confusion, puisque nous refusons de souffrir les plus petites croix que la divine Providence nous ménage pour mortifier notre chair et tous nos sens ! Ô Marie ! Notre Mère, faites que nous marchions dans cette voie de souffrances que votre Fils et vous  nous avez tracée, afin qu'après avoir partagé vos Douleurs, nous soyons participants de votre Gloire dans le Ciel !

Ainsi soit-il.

 

Second point

 

C

onsidérons à loisir l'accroissement des Douleurs de Marie, pendant que l'on frappait le Corps sacré de son divin Fils comme celui d'un scélérat, et qu'on le couvrait de mille plaies dans la sanglante flagellation ; considérons aussi les vives douleurs que ressentit l'âme de cette tendre Mère, lorsqu'elle entendit tous les outrages, tous les blasphèmes et toutes les imprécations que vomissait avec fureur, contre son Fils bien-aimé, la populace qui le traitait ignominieusement de samaritain et de possédé du démon, les uns disant qu'il était un imposteur, d'autres un voleur, et d'autres, que personne n'était plus digne que lui de souffrir la mort la plus cruelle, comme elle nous l'apprend dans les révélations qu'elle a faites à sainte Brigitte.

Chacun de ces blasphèmes était un glaive qui faisait de nouvelles blessures au tendre Cœur de Marie. Telles furent les vives douleurs qu'elle ressentit en voyant traiter si cruellement son divin Fils à Jérusalem ; combien plus grandes encore ne furent donc pas celles qui déchirèrent son cœur maternel au pied de la Croix !... Tout ce que les Martyrs ont souffert dans les plus cruels supplices ne peut en approcher ; car la Gloire de Jésus, pour lequel ils souffraient, les soutenait au milieu des tourments ; tandis que l'ignominie de Jésus mourant mettait le comble au martyr que ses souffrances faisaient endurer au tendre Cœur de Marie. Spectacle digne de sa grande âme et de tout l'héroïsme de sa vertu : ce n'est ici ni la mère de Moïse qui baigne de ses pleurs le berceau qu'elle abandonne aux flots, ni Jacob qui trempe de ses larmes la robe sanglante de Joseph, ni Jephté qui condamne par ses regrets l'imprudence d'un vœu téméraire, ni David qui veut s'ensevelir dans le tombeau d'Absalom ; mais la plus tendre des mères, dont l'âme partage et ressent tout ce qu'il y a de plus affreux dans le supplice et les humiliations de son divin Fils. Les clous qui perçaient les pieds et les mains de Jésus, blessaient cruellement le Cœur de Marie ; elle souffrait même beaucoup plus que si les bourreaux eussent déchiré son propre corps, parce qu'elle aimait infiniment plus qu'elle-même son Fils adorable, avec lequel son cœur maternel était attaché à la Croix. Ah, qui pourrait comprendre l'excès de la douleur de Marie lorsqu'elle vit ce Fils bien-aimé, tout couvert de plaies, tout déchiré, et couronné d'épines, élevé sur la Croix, répandre tout son sang, agoniser et mourir !... Hélas, en entendant les tristes plaintes de Jésus expirant, en recueillant ses derniers soupirs, Marie mêlait ses larmes au sang dont il arrosait le Calvaire ; et lorsqu'elle vit son visage couvert des ombres de la mort, sa tête penchée, ses yeux éteints, et tout le sang de ses veines répandu jusqu'à la dernière goutte, elle répandit tout celui de son cœur maternel par des torrents de larmes. Grand Dieu ! Quelle fut la douleur de Marie en ce terrible moment !... Oh, elle pouvait bien s'écrier avec le prophète : « Ô vous tous qui passez le chemin, considérez et voyez s'il est douleur semblable à la mienne ! » Enfin, quand après l'Ascension du Sauveur, Marie fut privée de la présence visible de son divin Fils, ces déchirantes douleurs recommencèrent, et faisant ressentir à son tendre Cœur tout le poids d'une séparation si affligeante, elle ne cessa d'éprouver jusqu'à la fin de sa vie tout ce qu'avait de plus amer une telle privation. Elle seule pouvait connaître entièrement le prix du trésor qu'elle avait perdu en perdant Jésus ; elle le connaissait parfaitement, elle l'aimait de même et ne le possédait plus !... Ô perte cruelle ! Qui pourrait comprendre quelle fut la Douleur de Marie ! Pourrait-on lui refuser le titre glorieux de Reine des Martyrs que l'Église lui donne, et qu'elle seule est digne de porter ?... Réfléchissons sur les Douleurs inouïes que Marie endura durant la Passion de son cher Fils, à sa mort, et lorsqu'après son Ascension elle fut privée du bonheur de le voir ; et mêlant nos larmes aux siennes, rougissons d'être si délicats, si sensuels, si attachés aux satisfactions de cette vie périssable, et si ennemis des croix et des souffrances ; afin qu'après avoir appris à pleurer avec Marie ; nous apprenions aussi, comme elle, à souffrir en unissant nos douleurs avec les siennes.

 

 

Fruit de la Méditation

 

P

uisque Marie innocente conçue sans péché, n'a pas été exempte de souffrir ; puisqu'il a fallu que Jésus, l'innocence même, entrât dans sa gloire par beaucoup de tribulations, il faut que tous ceux qu'il a rachetés de son Sang marchent sur ses traces dans le sentier des souffrances ; c'est la grande leçon qu'il nous a donnée et que Marie nous a apprise en souffrant avec lui. Et nous qui sommes pécheurs, et qui en cette qualité, ne pouvons arriver au Ciel qu'en souffrant et faisant pénitence, comment voudrions-nous prétendre à la couronne et au bonheur de l'éternité, sans nous être auparavant revêtu des opprobres et des souffrances par lesquels Jésus et sa sainte Mère ont voulu y parvenir ? Par quel aveuglement avons-nous donc jusqu'ici refusé les croix et les mortifications ?... Ah, soyons confus de notre délicatesse et de notre lâcheté ; du peu d'amour que nous avons eu pour les humiliations et les souffrances ! Dès ce jour, prenons la résolution de les imiter, et de quitter pour jamais les satisfactions périssables que nous avons tant aimées, pour embrasser avec ferveur la pénitence qui peut seule mériter un bonheur éternel.

Prière

Ô

  Très sainte Vierge, Reine des Martyrs, s'il vous a fallu souffrir pendant votre vie mortelle, comment, pêcheurs que nous sommes, pourrions-nous refuser de souffrir les croix qu'il plaît à Dieu de nous envoyer ? Comment oserions-nous nous plaindre des mots et des contradictions qui nous arrivent ? Comment refuserions-nous de mortifier notre chair avec ses passions et ses désirs déréglés ? Ô Marie, obtenez-nous de Dieu la grâce de bien souffrir par amour pour votre Fils et pour Vous ; obtenez-nous la grâce de mourir tellement à nous-mêmes, au monde et à toutes les créatures, que nous ne respirions plus que pour Jésus et pour Marie ; et que le divin Époux de nos âmes soit à jamais notre unique plaisir, toute notre espérance et notre ce trésor. Ô Marie ! Exaucez nos prières, et faites que nous puissions nous réjouir des heureux effets de votre puissante protection, maintenant et dans tous les siècles décès.

Ainsi soit-il.

 

 

 

 

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